Dans une année marquée par une guerre diplomatique et des alliances mouvantes, la présidence
sud-africaine du G20 s’est achevée non pas dans la division, mais dans
la résistance – et par une déclaration de consensus.
Face au boycott du président américain Donald Trump et à ses
tentatives répétées de faire dérailler les travaux du Sommet G20, une coalition de
puissances moyennes émergentes a affirmé un nouveau courant
géopolitique : un courant fondé sur le multilatéralisme, la solidarité
et les valeurs progressistes.
L’absence de Trump, longtemps attendue après des mois de rhétorique hostile, s’est finalement révélée bénéfique pour le sommet, puisqu’elle a permis d’aboutir à un résultat constructif.
Son administration avait cherché à bloquer l’adoption d’une
déclaration des dirigeants du G20, mettant en garde contre tout
consensus et prônant plutôt un résumé édulcoré du président.
Pourtant, 16 États membres et 25 dirigeants invités ont persévéré,
manifestant leur solidarité avec l’Afrique et l’Afrique du Sud, et
soulignant leurs propres intérêts sur un continent riche en jeunesse
et en ressources minérales essentielles.
Seul le président argentin Javier Milei s’est aligné sur la position
de Washington, bien que son boycott ait été partiel, son ministre des
Affaires étrangères étant présent. Le refus des Etats-Unis de
s’engager a mis en lumière une tendance plus large : la montée en
puissance de pays moyens désireux de résister à l’unilatéralisme et de réaffirmer le système international fondé sur des règles.
Le sommet de Johannesburg a servi de vitrine à des pays comme l’Inde,
le Brésil, l’Australie, le Canada, Singapour, l’Indonésie, la
Malaisie, la Turquie et les Etats du Golfe.
Ces nations, malgré leurs perspectives diverses, partagent un
engagement en faveur du multilatéralisme et d’une coopération progressiste.
Les réunions bilatérales organisées dans toute la ville ont reflété
les efforts déployés pour diversifier les échanges commerciaux suite aux droits de douane américains, tandis que les dirigeants ont souligné à plusieurs reprises l’importance de l’action collective.
La déclaration de consensus adoptée lors du sommet a rassemblé les
priorités urgentes :
• Inégalités : Les recommandations d’un groupe d’experts dirigé par le
prix Nobel Joseph Stiglitz ont été intégrées, mettant en évidence des
pistes pour réduire les disparités mondiales.
• Allègement de la dette : Les propositions de l’ancien ministre
sud-africain des Finances, Trevor Manuel, sur la viabilité de la dette et la tarification des risques ont reçu un large soutien.
• Valeurs progressistes : Les thèmes choisis par l’Afrique du Sud – solidarité, égalité et durabilité – ont été réaffirmés, s’opposant à
la montée du conservatisme à l’échelle mondiale.
• Climat et transition juste : Un accord bilatéral majeur entre l’UE
et l’Afrique du Sud a renforcé les engagements en faveur d’une
transition énergétique juste, la Norvège, le Royaume-Uni et d’autres
pays s’étant engagés à soutenir le développement.
Les Etats-Unis avaient exigé une passation de pouvoir solennelle à
leur chargé d’affaires à la tête du G20, mais le président Cyril
Ramaphosa a refusé, insistant sur une équivalence.
La passation de pouvoir se fera donc lors d’une cérémonie discrète au ministère sud-africain des Relations internationales et de la
Coopération – un acte de défiance symbolique qui souligne l’évolution
des relations.
Pour l’Afrique du Sud, la clôture du sommet représente bien plus
qu’une victoire diplomatique.
Elle marque un réajustement de la géopolitique mondiale, affranchie de l’influence des superpuissances.
L’affirmation du multilatéralisme par le G20, obtenue malgré des
pressions sans précédent de Washington, laisse penser que la
géopolitique pourrait entrer dans une ère post-Trump – une ère où les
puissances moyennes, les valeurs progressistes et la solidarité
façonneront l’agenda mondial.
JN/fss/Sf/APA







