Le déplacement de Gérald Darmanin à Alger illustre la volonté française de restaurer une relation bilatérale profondément dégradée, alors que plusieurs dossiers sensibles continuent d’empoisonner les rapports entre les deux capitales.
Le garde des Sceaux français doit se rendre lundi en Algérie accompagné d’une délégation inédite de hauts magistrats afin d’évoquer la coopération judiciaire et plusieurs affaires sensibles, au premier rang desquelles figure le cas du journaliste français Christophe Gleizes, détenu depuis près d’un an en Algérie.
Officiellement, Paris présente cette visite comme l’ouverture « d’un nouveau chapitre » dans la coopération judiciaire franco-algérienne. Pourtant, derrière cette formule diplomatique, le déplacement traduit surtout l’ampleur des tensions accumulées depuis près de deux ans entre les deux pays.
Le dossier du journaliste Christophe Gleizes apparaît aujourd’hui comme un symbole de cette relation devenue hautement inflammable. Condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » après son arrestation en Kabylie lors d’un reportage en mai 2024, le journaliste cristallise les critiques d’une partie de la classe politique et médiatique française envers les autorités algériennes.
Paris affirme vouloir faire de ce dossier « le sujet majeur » du déplacement de Gérald Darmanin, signe que la question dépasse désormais le seul cadre judiciaire pour devenir un enjeu diplomatique central.
Cette visite intervient surtout dans un climat où chaque geste entre Paris et Alger semble dicté par des calculs politiques internes plutôt que par une véritable stratégie de réconciliation durable.
Emmanuel Macron lui-même a dénoncé récemment les « postures de politique intérieure » ayant contribué à détériorer la relation bilatérale. Une déclaration qui traduit implicitement l’échec des séquences précédentes de rapprochement, régulièrement suivies de nouvelles crispations mémorielles, migratoires ou sécuritaires.
Le caractère « inédit » de la délégation française, comprenant notamment la procureure nationale anti-criminalité organisée Vanessa Perrée et le procureur national financier Pascal Prache, montre également que Paris cherche à réintroduire une coopération technique plus large avec Alger autour du narcotrafic, du terrorisme et de la criminalité organisée. Mais cette volonté se heurte à une réalité politique plus complexe : la confiance entre les deux appareils d’État reste profondément altérée par les crises successives ayant marqué les relations franco-algériennes ces dernières années.
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