Le Caire multiplie les initiatives diplomatiques dans le Golfe, affichant une volonté de coordination sécuritaire dont l’efficacité reste incertaine.
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a mené, les 19 et 21 mars, une tournée dans plusieurs pays du Conseil de coopération du Golfe, de Doha à Riyad, en passant par Abou Dhabi et Manama. Présentée comme une séquence diplomatique majeure, cette initiative vise à renforcer la coordination régionale face à la montée des tensions au Moyen-Orient, notamment autour des infrastructures énergétiques et des voies maritimes stratégiques.
Cette intensification des contacts traduit une volonté égyptienne de s’imposer comme un acteur central de la sécurité régionale. À Riyad, Al-Sissi et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont dénoncé les attaques visant les pays du Golfe, qualifiées de menace sérieuse. Des échanges similaires ont eu lieu à Bahreïn, avec un accent mis sur la sécurité collective et la prévention de toute escalade militaire, dans un contexte régional marqué par une forte volatilité.
Cette posture proactive repose sur la construction d’un axe Égypte-Golfe présenté comme un pilier de stabilité. Des responsables égyptiens évoquent une stratégie articulée autour de la dissuasion, de la gestion des tensions et du maintien du dialogue. Toutefois, cette ambition se heurte à des divergences persistantes entre acteurs régionaux, ainsi qu’à une fragmentation des priorités sécuritaires, qui limitent la portée réelle de cette coordination.
La tournée du 19 mars aux Émirats arabes unis et au Qatar s’inscrit dans cette même logique. Les discussions ont porté à la fois sur la désescalade et sur le renforcement des relations économiques. Le Caire met en avant une approche globale mêlant sécurité et développement, en soulignant l’importance stratégique des routes énergétiques et maritimes, notamment le détroit d’Ormuz et le canal de Suez, essentiels pour les équilibres commerciaux internationaux.
Cette lecture élargie de la sécurité nationale égyptienne souligne une interdépendance croissante avec les monarchies du Golfe. Pourtant, la capacité de l’Égypte à traduire cette vision en mécanismes opérationnels reste sujette à caution. Les appels à un front uni se heurtent régulièrement à des logiques nationales divergentes et à l’absence d’un cadre institutionnel contraignant capable d’assurer une coordination durable.
Au-delà de l’activisme diplomatique, cette séquence met ainsi en évidence les limites structurelles d’une stratégie fondée sur l’alignement politique. En l’absence d’engagements concrets et de dispositifs communs clairement définis, la constitution d’un véritable bloc régional cohérent apparaît encore éloignée, malgré l’intensification des échanges et des déclarations d’intention.
MK/AK/Sf/APA







