En relançant au Niger les dossiers du champ pétrolier de Kafra et du gazoduc transsaharien, l’Algérie tente de projeter une ambition énergétique régionale, au moment même où son économie vacille et où sa diplomatie s’enlise dans des tensions durables avec son voisinage.
L’Algérie tente de raviver, à Niamey, des projets énergétiques présentés comme stratégiques, mais qui ressemblent de plus en plus à des paris de la dernière chance pour un État sous forte contrainte financière et diplomatique. La visite au Niger de Mohamed Arkab, ministre d’État chargé de l’Énergie, des Mines et des Hydrocarbures, s’inscrit officiellement dans le suivi des activités de Sonatrach, avec un accent mis sur le champ pétrolier de Kafra et le gazoduc transsaharien (TSGP). En réalité, elle met en lumière l’urgence d’un pouvoir algérien à la recherche désespérée de relais extérieurs pour compenser l’essoufflement de son modèle économique.
À Niamey, Mohamed Arkab a multiplié les entretiens avec son homologue nigérien du Pétrole, Hamadou Tinni, puis avec le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, réaffirmant la « disposition de l’Algérie » à reprendre des activités d’exploration au niveau du bloc pétrolier de Kafra. Une formule prudente, presque défensive, qui tranche avec les annonces martelées depuis des années sur l’accélération imminente de ce projet, sans que la mise en production ne se matérialise réellement.
Le champ de Kafra est emblématique de cette diplomatie énergétique algérienne faite d’annonces répétées, de calendriers sans cesse révisés et de résultats concrets toujours repoussés. Dès septembre 2024, Arkab promettait déjà, aux côtés de son homologue nigérien Sahabi Oumarou, une accélération décisive du projet et la fixation d’un calendrier précis. Plus d’un an plus tard, l’Algérie en est toujours à « reprendre » des activités suspendues, faute de moyens, de visibilité financière et de stabilité régionale.
Ce retour au Niger intervient dans un contexte économique algérien particulièrement sombre. Malgré la rente gazière, les finances publiques demeurent fragiles, la diversification économique reste largement théorique et la dépendance aux hydrocarbures n’a jamais été aussi criante. La multiplication de projets extérieurs apparaît moins comme une stratégie offensive que comme une fuite en avant, destinée à masquer une économie intérieure qui frôle l’asphyxie et un État dont la soutenabilité budgétaire inquiète jusque dans les cercles officiels.
Le projet du gazoduc transsaharien illustre cette fuite en avant à grande échelle. Long de plus de 4 000 kilomètres et censé relier le Nigeria à l’Algérie via le Niger pour alimenter les marchés européens, le TSGP est présenté depuis plus de deux décennies comme une « œuvre africaine majeure ». Pourtant, malgré les déclarations optimistes répétées lors du sommet du Forum des pays exportateurs de gaz à Alger en 2024, le projet reste largement théorique, plombé par des défis sécuritaires, financiers et géopolitiques colossaux.
Dans un Sahel instable, marqué par des transitions politiques fragiles et des tensions sécuritaires persistantes, la crédibilité d’un tel mégaprojet apparaît plus incertaine que jamais. À cela s’ajoute l’isolement diplomatique croissant de l’Algérie, en tension durable avec plusieurs de ses voisins et marginalisée sur de nombreux dossiers régionaux. Dans ce contexte, la promesse de devenir un hub énergétique africain sonne davantage comme un slogan que comme une perspective réaliste.
En multipliant les déplacements et les annonces autour de Kafra et du TSGP, Alger cherche à projeter l’image d’une puissance énergétique incontournable. Mais derrière la communication officielle, ces projets révèlent surtout un État sous pression, tenté par des paris extérieurs risqués pour retarder l’échéance d’un modèle économique à bout de souffle.
MK/Sf/APA






