Le Mali et la Russie ont formalisé, le 16 mai 2026, de nouveaux engagements économiques à Kazan. Les échanges ont porté sur l’énergie, les intrants agricoles, les transports, les mines et l’industrie.
La deuxième session de la Commission intergouvernementale russo-malienne s’est tenue, à Kazan, capitale du Tatarstan, en marge du Forum économique international « Russie – Monde islamique ».
La rencontre a réuni des responsables maliens et russes autour de dossiers économiques jugés prioritaires par Bamako, dans un contexte marqué par les difficultés d’approvisionnement, la hausse des coûts logistiques et les tensions sur certains produits essentiels.
La partie russe était conduite par Sergueï Tsivilev, ministre de l’Énergie de la Fédération de Russie et coprésident de la commission. La délégation malienne comprenait plusieurs responsables gouvernementaux, dont des représentants des secteurs de l’économie, du commerce, de l’industrie, de l’énergie, des transports, des mines et de l’agriculture. Les deux parties ont signé un protocole d’accord et des mémorandums d’entente destinés à encadrer la coopération dans plusieurs domaines.
Le dossier le plus immédiat concerne l’approvisionnement du Mali en hydrocarbures et en intrants agricoles.
Selon les données communiquées par la partie malienne, le pays consomme environ 200 millions de litres de carburant par mois et a besoin de plus de 350 000 tonnes d’intrants agricoles par an. Ces chiffres expliquent le poids accordé aux discussions sur le carburant et les engrais, deux produits essentiels pour le transport, l’agriculture, les prix intérieurs et le fonctionnement de l’économie.
Les discussions de Kazan ont abouti à l’adoption d’un plan de sécurisation des approvisionnements. Il prévoit un calendrier de livraison, des mécanismes logistiques et des arrangements financiers pour faciliter l’acheminement des produits vers le Mali. Pour les hydrocarbures, l’objectif est d’organiser des flux réguliers depuis la Russie vers des ports de transit, avant leur transport vers les régions maliennes par des opérateurs locaux. Pour les intrants agricoles, l’enjeu est d’assurer leur disponibilité avant les périodes critiques de la campagne agricole.
Les transports ont également occupé une place importante dans les échanges. Les discussions ont porté sur les infrastructures ferroviaires, les équipements de navigation et la fourniture de véhicules. Un mémorandum impliquant le constructeur russe KamAZ a été évoqué, avec des perspectives de fourniture de camions et d’examen d’une éventuelle unité d’assemblage au Mali. Ce volet intéresse particulièrement Bamako, qui dépend fortement du transport routier pour l’acheminement des marchandises depuis les ports régionaux.
Les mines et l’énergie figurent aussi parmi les secteurs abordés. Des responsables russes ont fait part de l’intérêt de Moscou pour la poursuite de la coopération dans l’exploration géologique, notamment à travers les travaux liés à la réévaluation de la base minérale du Mali. Des échanges ont aussi porté sur des projets miniers, dont la valorisation du lithium et la mise en place d’infrastructures de transformation. Pour le Mali, ces discussions interviennent au moment où les autorités cherchent à mieux tirer parti des ressources minières et à renforcer la transformation locale.
La coopération agricole a été un autre axe de travail. Les deux parties ont évoqué l’approvisionnement en engrais, la mécanisation, les équipements et l’accompagnement technique. La présence du Tatarstan dans les discussions donne aussi une dimension régionale à la coopération avec la Russie, notamment dans les secteurs agricole, industriel et pétrolier.
Les échanges commerciaux entre les deux pays restent encore limités. Les importations maliennes depuis la Russie ont atteint environ 35,1 millions de dollars en 2023, alors que les importations totales du Mali étaient estimées à 6,42 milliards de dollars la même année. Les importations maliennes de combustibles minéraux et produits pétroliers russes étaient très faibles en 2023, autour de 26 220 dollars, ce qui montre que les discussions de Kazan visent surtout à construire de nouveaux circuits d’approvisionnement plutôt qu’à consolider un flux déjà important.
Cette réunion s’inscrit dans la continuité des accords signés entre les deux pays en 2025 à Moscou, lors de la visite du président de la Transition malienne en Russie. Ces accords avaient déjà posé les bases d’une coopération commerciale, économique, scientifique et technique plus structurée. La session de Kazan cherche désormais à traduire ce cadre politique en projets économiques suivis, avec des secteurs identifiés et des besoins chiffrés.
Pour Bamako, l’enjeu est de sécuriser des produits indispensables, de réduire la vulnérabilité liée à l’enclavement et de diversifier les partenaires économiques.
Pour Moscou, cette rencontre confirme la volonté de donner une dimension économique plus visible à sa relation avec le Mali. Les engagements annoncés devront cependant être évalués à l’aune de leur mise en œuvre réelle, notamment la régularité des livraisons, les financements mobilisés, la sécurité des corridors et la participation effective des opérateurs maliens.
MD/Sf/APA






