L’icône du reggae mondial, Alpha Blondy, a rendu un hommage bouleversant à Georges Taï Benson (GTB), le monument de la télévision ivoirienne récemment disparu. Plus qu’un simple producteur, celui qu’il appelait affectueusement « Boss » fut le vent salvateur qui permit à la graine Seydou Koné de devenir l’arbre géant de la musique africaine.
Il fut un temps, au début des années 1980, où la télévision tenait encore du miracle. Un seul écran rassemblait tout un quartier, et les visages s’illuminaient d’innocence devant le 4B Show. Au cœur de cet émerveillement se tenait un homme : Georges Taï Benson.
Conteur hors pair dans la plus pure tradition africaine, GTB captivait par sa voix, son silence habile, sa mémoire insolente et son humour décapant. Une bibliothèque vivante de l’histoire ivoirienne, capable de chuchoter à l’oreille des chefs d’État comme d’émouvoir aux larmes ses plus proches amis.
1982 : La rencontre de deux destins
En 1982, la trajectoire de l’animateur star croise celle d’un jeune homme aux rêves cabossés. Seydou Koné vient de perdre sa grand-mère, son plus grand soutien. Il n’est encore personne, sinon un traducteur de l’ombre au Studio 302 de la RTI, introduit par son frère Roger Fulgence Kassy.
« Lui était au sommet. Il avait tout. Moi, je n’avais rien », se souvient Alpha Blondy avec une émotion palpable. C’est dans ce dénuement total que la grandeur de GTB s’est révélée. Sans exiger de contrat, scellant leur accord sous le regard du Très-Haut « Dieu, vous et moi », le Boss décide de parier sur ce jeune talent qui lui promettait, dans un éclat de rire, la fortune d’un Chris Blackwell.
La suite appartient à l’histoire de la musique. Financé par Benson, Alpha Blondy réunit les musiciens de la RTI et investit le studio JBZ. Dans une urgence créative absolue, il ne faut que deux jours pour enregistrer et mixer des titres qui allaient traverser les âges : Jah Glory, Bêbi Yêrê, et le mythique Brigadier Sabari, enrichi du son d’une sirène américaine déniché par l’ingénieur du son Wonpier.
« Le vent s’est arrêté, mais les racines demeurent »
L’annonce de la disparition de Georges Taï Benson, survenue le vendredi 25 septembre 2026 à l’Institut de cardiologie d’Abidjan, laisse un vide immense et une Côte d’Ivoire orpheline d’un pan secret de son histoire. Pour la superstar du reggae, les larmes, ces fameux « maux d’yeux » partagés par les deux hommes ont recommencé à couler.
Pourtant, le chanteur refuse de conjuguer son mentor au passé. « Certains hommes passent dans votre vie… Et d’autres entrent dans vos racines », confie-t-il. Si le vent s’est arrêté, l’arbre qu’il a contribué à faire pousser reste solidement ancré, nourri à jamais par la mémoire et la gratitude éternelle envers le Boss. Là-haut, le grand conteur a sans doute déjà repris son récit, suspendant le temps une fois de plus.
AP/Sf/APA





