Dans une tribune sans concession, Nadiany Bamba, compagne de l’ancien président Laurent Gbagbo et militante du PPA-CI, s’invite dans le débat sur l’union de la gauche ivoirienne. Pour celle que l’on appelle « Nady », l’étiquette idéologique est un concept abstrait : en Côte d’Ivoire, la gauche, c’est Gbagbo.
Sortie du silence médiatique, Nadiany Bamba a décidé de poser les pieds dans le plat. Alors que les états-majors politiques s’agitent autour de l’idée d’un large rassemblement des forces de gauche en vue de l’élection présidentielle, l’ancienne journaliste livre une analyse qui bouscule les théoriciens.
Pour elle, le débat tel qu’il est mené actuellement est un trompe-l’œil qui occulte la réalité sociologique du pays. « Es-tu Gbagbo ou Houphouët ? ». Selon Nady Bamba, les concepts de « gauche » et de « droite » sont des importations qui ne parlent pas au quotidien des Ivoiriens.
Pour les planteurs, les femmes de marché ou les fonctionnaires, l’identité politique se cristallise autour de figures historiques plutôt que de programmes doctrinaux. Elle soutient qu’« en Côte d’Ivoire, les affiliations politiques ne se définissent pas par des idéologies, mais par des figures ».
« Les Ivoiriens demandent : Es-tu Gbagboiste ou Houphouetiste ? », écrit-elle. Elle souligne que là où les houphouétistes ont assumé leur identité en se regroupant sous la bannière du RHDP, la gauche, elle, semble s’empêtrer dans des pudeurs de gazelle.
L’un des points saillants de sa tribune est la critique des dissensions internes, notamment celles nées après la crise post-électorale et le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye. Nady Bamba oppose la ligne de Pascal Affi N’Guessan, portée sur la collaboration institutionnelle, à celle de feu Abdourahmane Sangaré, le « gardien du temple ».
Pour elle, vouloir unir la gauche sans clarifier le rapport à Laurent Gbagbo est une mission impossible. « Quelle est la colonne vertébrale de la gauche ? », s’interroge-t-elle, avant de répondre sans détour : « Laurent Gbagbo, c’est la gauche ivoirienne. La gauche ivoirienne, c’est Laurent Gbagbo. C’est ainsi ! »
Nady Bamba récuse l’accusation de culte de la personnalité. Elle y voit plutôt une reconnaissance de la réalité historique. Selon elle, refuser de placer Gbagbo au centre de cette union reviendrait à « rabaisser notre héros » et à faire le jeu de ses adversaires politiques.
En signant ce texte en tant que « citoyenne, ex-journaliste et militante de base », Nadiany Bamba envoie un message clair aux alliés actuels et futurs : toute alliance à gauche devra se faire sous le leadership assumé du « gbagboïsme ». Cette prise de position promet de faire couler beaucoup d’encre dans les états-majors politiques.
AP/Sf/APA







