Les données révélées lors d’un congrès médical à Tunis mettent en évidence l’ampleur encore sous-estimée des douleurs chroniques, sur fond de tensions persistantes dans le système de santé tunisien.
Près de 30 % des adultes en Tunisie souffrent de douleurs chroniques, selon les données présentées lors de la 10ᵉ édition du congrès scientifique « Traitement de la douleur », ouvert jeudi et organisé sur deux jours. L’événement réunit plus de 350 spécialistes tunisiens et étrangers autour des évolutions récentes dans la prise en charge des douleurs chroniques et aiguës, à travers des conférences, des travaux de recherche et des ateliers pratiques.
S’exprimant à cette occasion, la Dr Sonia Khalbous, spécialiste du traitement de la douleur à l’Hôpital La Rabta, a indiqué que les douleurs neuropathiques concernent entre 7 % et 8 % de la population adulte. Elle a également souligné que les douleurs diffuses, touchant l’ensemble du corps sans pathologie clairement identifiée, affectent entre 25 % et 30 % des personnes âgées, avec une prévalence croissante liée au vieillissement. Ces chiffres, jugés préoccupants par les experts, traduisent un enjeu majeur de santé publique encore insuffisamment intégré dans les parcours de soins.
La problématique est particulièrement aiguë dans le domaine de l’oncologie. Selon la Dr Khalbous, la douleur concerne environ 50 % des patients atteints de cancer dès les stades précoces, constituant parfois un signe révélateur de la maladie. Cette proportion grimpe à près de 70 % aux stades avancés, renforçant la nécessité d’une prise en charge précoce, coordonnée et multidisciplinaire afin d’améliorer la qualité de vie des patients.
De son côté, Riadh Boukaf, chef du service des urgences de l’Hôpital Farhat Hached, a insisté sur l’objectif central du congrès : faire évoluer la culture médicale autour de la douleur, longtemps reléguée au second plan dans les pratiques cliniques. Il a mis en avant l’émergence de méthodes thérapeutiques innovantes, telles que l’hypnose médicale et certaines thérapies complémentaires, désormais intégrées de manière progressive aux traitements conventionnels.
En marge du congrès, un accord de coopération a été annoncé entre le Ministère de la Santé et le groupe Philips, portant sur la modernisation des équipements d’imagerie médicale et de réanimation dans les hôpitaux publics. L’objectif affiché est d’améliorer les capacités de diagnostic, la prise en charge des urgences et le suivi des patients.
Ces avancées scientifiques contrastent toutefois avec les fragilités structurelles du système de santé. Le Syndicat des médecins et des pharmaciens a rappelé que plus de 6 000 médecins ont quitté la Tunisie au cours des quatre dernières années, un exode qui continue de peser sur l’accès aux soins spécialisés, y compris dans des domaines aussi sensibles que le traitement de la douleur.
MK/Sf/APA






