Le ministère de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire (MMESS) et le groupe Nexus ont signé, lundi à Diamniadio, un accord-cadre portant sur le lancement du premier programme d’économie organique au Sénégal, articulé autour de quatre projets structurants dans les secteurs minier, énergétique, universitaire et numérique.
À travers ce partenariat, le Sénégal entend promouvoir un modèle de développement fondé sur la transformation locale des ressources, l’inclusion économique et la redistribution de la richesse au profit des communautés, en cohérence avec les ambitions de la Vision Sénégal 2050.
Pour Dr Alioune Dione, ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, cet accord marque une étape importante dans la recherche d’un modèle économique plus souverain, solidaire et durable. « Nous posons aujourd’hui, ensemble, la première pierre du premier Programme d’économie organique au Sénégal », affirme-t-il dans son projet de discours, en soulignant que cette initiative repose sur les principes et les valeurs de l’économie sociale et solidaire.
Le ministre présente cette approche comme une alternative à une économie essentiellement extractive, dans laquelle les ressources sont exportées sans générer suffisamment de valeur ajoutée sur le territoire national. « C’est le contraire de l’économie extractive et prédatrice. C’est une économie circulaire, solidaire et ancrée dans nos terroirs », soutient-il.
Quatre projets structurants
Le programme s’appuie sur quatre projets destinés à créer des synergies entre les ressources naturelles, l’énergie, la connaissance et le numérique.
Le premier concerne la mise en place d’un « Village minier », en partenariat avec la Société des mines du Sénégal (SOMISEN). L’ambition est de lier l’exploitation minière à la transformation locale, à la formation des jeunes et au financement de coopératives productives dans plusieurs secteurs.
Pour Dr Alioune Dione, l’enjeu est de placer les ressources minières au service des populations. « Il s’agit de mettre la mine au service de la communauté, et non l’inverse », souligne-t-il, présentant ce projet comme une traduction concrète de la souveraineté minière.
Le deuxième volet porte sur l’énergie, avec des solutions décentralisées et durables destinées à alimenter les unités de transformation de l’économie sociale et solidaire, les coopératives et les activités productives dans les territoires. Ce projet, proposé par Nexus au ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, vise à renforcer les capacités productives locales grâce à un accès adapté à l’énergie.
Le troisième axe prévoit une coopération interuniversitaire entre les établissements sénégalais et des universités italiennes et européennes partenaires de Nexus. Il doit favoriser la création de formations, de centres de recherche et de structures d’incubation dans des domaines tels que l’économie organique, l’économie sociale et solidaire, l’ingénierie minière responsable et la finance inclusive.
« Nous ne pouvons pas bâtir une économie nouvelle avec de vieux savoirs », déclare le ministre, qui entend faire de la recherche et de la formation des leviers de transformation économique et de développement des compétences nationales.
Le quatrième projet, développé en perspective avec la Télédiffusion du Sénégal (TDS), vise à démocratiser l’accès à la télévision numérique et à faciliter l’acquisition de décodeurs fabriqués localement. Les organisations de l’économie sociale et solidaire pourraient être associées à leur fabrication et à leur distribution, afin d’accroître la participation des acteurs nationaux à cette chaîne de valeur.
Un nouveau cadre pour l’investissement privé
Au-delà des quatre projets, le partenariat avec Nexus traduit une nouvelle orientation de la coopération internationale dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Le ministère souhaite mobiliser des investisseurs privés capables de financer des initiatives productives et de récupérer leurs investissements grâce aux revenus générés par les projets.
Cette approche entend concilier la viabilité économique des investissements et les objectifs sociaux, avec un rôle renforcé de l’État dans la sélection des bénéficiaires, la définition des méthodes d’intervention et l’accompagnement des structures concernées.minier, énergétique, universitaire et numérique.groupe Nexusminier, énergétique, universitaire et numérique.
« Il ne s’agit pas d’un laisser-aller, d’un laisser-faire », insiste Dr Alioune Dione, qui met en avant la nécessité d’une implication publique dans le ciblage et le suivi des bénéficiaires.
Le ministre inscrit cette démarche dans une dynamique de coopération internationale qu’il souhaite élargir à d’autres partenaires privés. Il indique notamment avoir signé, la semaine précédant la cérémonie, une entente de même nature avec un investisseur privé à Dubaï.
Le partenariat avec Nexus s’inscrit également dans une volonté de renforcer la coordination entre les administrations. Pour le ministre, la Vision Sénégal 2050 impose de dépasser le cloisonnement institutionnel et de privilégier une approche transversale dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques.
« La Vision 2050 exige un JUBBANTI : le travail transversal », affirme-t-il, appelant les ministères et les directions générales à mutualiser leurs efforts pour obtenir des résultats concrets.
L’exigence de résultats pour les populations
La signature de l’accord-cadre constitue une première étape dont la portée dépendra désormais de la mise en œuvre effective des engagements pris. Dr Alioune Dione demande aux équipes de son ministère de traduire le partenariat en actions concrètes, assorties de délais et d’impacts mesurables pour les femmes, les jeunes et les travailleurs de l’économie sociale et solidaire.
Il attend également du groupe Nexus que les engagements annoncés soient exécutés dans les délais convenus. La création d’une société de droit sénégalais dirigée par Roberto Colantoni est présentée comme un signe de l’ancrage local du partenaire international.
Toutefois, les informations disponibles ne précisent pas encore l’enveloppe financière globale du programme, le calendrier détaillé de réalisation des quatre projets ni les objectifs chiffrés en matière d’emplois, de bénéficiaires ou de financement des coopératives. Ces paramètres seront essentiels pour mesurer les retombées économiques et sociales de l’initiative.
En mettant l’économie sociale et solidaire au cœur de ce programme, les autorités sénégalaises ambitionnent de faire émerger des chaînes de valeur locales capables de créer des emplois, de renforcer les capacités productives des territoires et de favoriser une redistribution plus inclusive de la richesse.
« En scellant cet accord, nous ne signons pas seulement un papier. Nous signons un pacte pour une économie qui soigne, qui inclut et qui élève », conclut Dr Alioune Dione dans son projet de discours.
Le défi sera désormais de transformer cette ambition en réalisations durables, afin que l’économie organique devienne un instrument concret de souveraineté économique et de progrès social au Sénégal.
TE/Sf/APA





