Présentées comme un tournant social majeur, les décisions prises en 2025 par les autorités algériennes consacrent un État providence renforcé, dont la soutenabilité économique et l’impact réel sur le pouvoir d’achat continuent toutefois de susciter des interrogations.
L’année 2025 aura été jalonnée, selon le discours officiel, de « décisions historiques » consacrant le caractère social de l’État algérien. Sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, l’exécutif a multiplié les mesures en faveur des revenus modestes et des catégories dites vulnérables, dans une séquence politique placée sous le signe de la justice sociale et de la dignité du citoyen, fréquemment invoquées par le pouvoir.
Parmi les annonces phares figure la revalorisation du salaire national minimum garanti, porté de 20 000 à 24 000 dinars. Une mesure présentée comme un signal fort à destination des travailleurs à faibles revenus, mais dont l’effet reste relativisé par une inflation persistante et une érosion continue du pouvoir d’achat. Dans le même registre, l’allocation chômage a été relevée à 18 000 dinars, un ajustement qui vise à amortir la précarité des jeunes sans emploi, sans toutefois s’attaquer aux causes structurelles du chômage.
Les retraités ont également bénéficié d’augmentations différenciées, avec une hausse de 10 % pour les pensions les plus basses et de 5 % pour les autres. Si ces décisions traduisent un effort budgétaire réel, elles peinent à masquer la fragilité croissante d’un système de retraites sous tension démographique et financière.
Sur le plan social, l’extension du congé de maternité à cinq mois, avec des dispositifs élargis en cas de handicap ou de maladie grave du nouveau-né, a été saluée comme une avancée en faveur des droits des femmes. Là encore, cette réforme s’inscrit davantage dans une logique réparatrice que dans une refonte globale des politiques de l’emploi féminin et de l’égalité professionnelle.
Dans l’éducation, l’intégration massive de plus de 140 000 enseignants contractuels et l’abaissement de l’âge de départ à la retraite ont été présentés comme une reconnaissance du rôle central du corps enseignant. Ces mesures répondent toutefois à des tensions accumulées depuis des années, marquées par la précarité contractuelle et les mouvements de protestation à répétition.
D’autres décisions, telles que la revalorisation de l’allocation touristique, l’augmentation des bourses étudiantes ou la prise en charge des malades atteints de cancer sans couverture sociale, viennent compléter ce tableau d’un État social omniprésent. Mais derrière l’ampleur des annonces, une question demeure centrale : celle de la soutenabilité financière de ce modèle, largement adossé à la rente et peu accompagné de réformes économiques structurelles.
MK/Sf/APA







