Le tourisme tunisien traverse une crise persistante, marqué par l’endettement des hôtels, le coût élevé du transport aérien, un déficit de propreté et un manque de formation adaptée aux standards internationaux.
Figure influente du secteur financier et des affaires en Tunisie, Ahmed El Karm, ancien président du Conseil de direction d’Amen Bank et président du Conseil bancaire et financier (CBF), a livré une analyse approfondie de l’avenir du tourisme tunisien. Intervenant lors du 9ᵉ forum de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) consacré au thème « Le Tourisme en Tunisie : Vers de nouveaux horizons », le 18 décembre 2025, il a dressé un état des lieux sans complaisance tout en suggérant des pistes de relance.
D’entrée de jeu, El Karm a rappelé que le secteur traverse une conjoncture difficile. Près de 20 % des hôtels tunisiens sont à l’arrêt, plombés par un endettement bancaire qui empêche toute modernisation. Il a insisté sur la nécessité d’une restructuration des dettes, en concertation avec les banques, pour redonner de l’oxygène à l’industrie hôtelière. À ces difficultés financières s’ajoute le dilemme du « ciel ouvert » : le coût élevé des billets d’avion, faute de concurrence suffisante sur les lignes régulières, limite l’accès des voyageurs, alors même que les compagnies à bas coût s’imposent ailleurs.
Au-delà des questions financières et logistiques, l’image du pays reste fragilisée par des problèmes structurels. Le manque de propreté dans les villes touristiques est un frein majeur, a-t-il estimé, en soulignant que la Tunisie devrait être pensée comme une destination globale, où chaque région reflète un visage accueillant. Par ailleurs, la formation des ressources humaines demeure insuffisante : personnels et cadres doivent être alignés sur les standards internationaux afin d’élever la qualité du service rendu.
Tout en pointant ces défis, El Karm a aussi insisté sur les nouvelles tendances qui redéfinissent le comportement des voyageurs. L’essor des plateformes numériques permet aux touristes de préparer leurs séjours de manière autonome, réduisant le rôle des agences traditionnelles. Le désir d’expériences authentiques prend également le pas sur le simple attrait balnéaire : les visiteurs recherchent désormais un contact direct avec la population et une immersion culturelle. Enfin, la sensibilité croissante aux enjeux environnementaux incite les voyageurs à privilégier des destinations durables et respectueuses de l’écosystème.
Pour répondre à ces évolutions, El Karm a proposé plusieurs orientations stratégiques. Il voit dans le tourisme pour seniors une opportunité à saisir, en offrant des conditions d’accueil adaptées aux retraités européens, avec des visas de longue durée et des avantages fiscaux. Le tourisme médical constitue un autre atout, grâce à des infrastructures hospitalières modernes et à des compétences reconnues, permettant d’attirer des patients européens confrontés à des délais d’attente prolongés dans leurs pays.
L’intervenant a également mis en avant l’importance du tourisme écologique, fondé sur la préservation des richesses naturelles, et du tourisme de luxe, en phase avec une clientèle mondiale à fort pouvoir d’achat. Enfin, il a évoqué le potentiel du tourisme chez l’habitant : en mobilisant près de 800 000 logements inoccupés, la Tunisie pourrait offrir aux visiteurs une expérience immersive et conviviale.
Ahmed El Karm a souligné que la relance du tourisme tunisien passe par une stratégie intégrée, capable de combiner réformes structurelles, adaptation aux nouvelles attentes et diversification de l’offre. Selon lui, c’est à ce prix que le secteur pourra redevenir un levier majeur du développement économique national.
MK/Sf/APA







