Les derniers indicateurs monétaires et bancaires au Maroc traduisent une reprise graduelle du crédit et un rééquilibrage progressif des flux financiers, dans un contexte de détente encore partielle des conditions de financement.
À la lumière des données disponibles à fin octobre, le système financier marocain semble être entré dans une phase de normalisation progressive après plusieurs années marquées par des tensions multiples. Cette évolution ne se manifeste pas par des ruptures brutales, mais plutôt par des ajustements successifs, traduisant une sortie graduelle des déséquilibres accumulés et un retour progressif à des dynamiques plus proches des fondamentaux économiques.
L’encours du crédit bancaire affiche ainsi une progression annuelle de 6% à fin octobre. Si ce chiffre peut être perçu comme un signal globalement positif, il recouvre des dynamiques contrastées. La hausse est principalement portée par les crédits accordés aux agents financiers, en augmentation de 18,7%, tandis que ceux destinés aux agents non financiers progressent à un rythme nettement plus modéré, de 3,6%.
Cette configuration met en évidence un système bancaire encore fortement mobilisé sur des opérations de gestion de liquidité et de refinancement internes, alors que la transmission du crédit vers l’économie réelle demeure progressive. Les liquidités circulent activement au sein du système financier, mais leur orientation vers l’investissement productif et la consommation reste graduelle.
Du côté des entreprises non financières privées, la croissance du crédit se limite à 1,4%. Ce rythme relativement modéré s’accompagne toutefois d’une évolution qualitative significative. Les crédits à l’équipement enregistrent une forte progression de 17%, traduisant un regain d’investissement et une volonté de modernisation des capacités de production.
Cette dynamique suggère que les entreprises commencent à se projeter de nouveau sur des horizons à moyen terme. Les prêts destinés à la promotion immobilière progressent également de 4,1%, signalant un début de redressement dans un secteur longtemps fragilisé. À l’inverse, les facilités de trésorerie reculent de 9%, reflétant à la fois la prudence persistante des banques sur le financement du court terme et, possiblement, une amélioration de la gestion de liquidité de certaines entreprises.
Pour les ménages, la trajectoire apparaît plus stable. Les crédits progressent de 3,1%, soutenus par les prêts à l’habitat, en hausse de 3,3%, et par les crédits à la consommation, qui augmentent de 4,5%. Cette évolution traduit une confiance mesurée des ménages, dans un contexte de désinflation progressive et de conditions de financement légèrement plus favorables.
Le financement participatif destiné à l’habitat poursuit par ailleurs son développement, avec des encours de Mourabaha immobilière atteignant 28,7 milliards de dirhams, contre 24,1 milliards un an auparavant, illustrant à la fois une demande soutenue et une diversification accrue de l’offre bancaire.
Sur le plan des conditions de financement, le taux débiteur moyen appliqué aux nouveaux crédits s’établit à 5,71% au troisième trimestre 2025, en légère baisse. Le recul est plus marqué pour les prêts à l’habitat, tandis que les crédits à la consommation demeurent globalement stables. Cette détente reste toutefois partielle, la transmission de la politique monétaire s’opérant de manière graduelle, notamment en raison de la part importante des contrats à taux fixe dans les encours existants. Des échanges avec le secteur bancaire sont prévus afin d’examiner les pratiques de taux et de renforcer l’impact de l’assouplissement monétaire sur l’économie réelle.
Dans ce contexte de reprise graduelle du crédit, l’évolution des créances en souffrance apparaît relativement rassurante. Leur progression annuelle se limite à 3,7% et leur ratio se stabilise à 8,6% de l’encours global. Les niveaux demeurent élevés chez les entreprises non financières privées, avec un ratio de 13,2%, et chez les ménages, à 10,6%, mais l’absence de dégradation notable suggère que la croissance du crédit ne s’accompagne pas d’un relâchement excessif des critères de risque.
Enfin, la masse monétaire M3 atteint 1.982 milliards de dirhams, en hausse de 7,4% sur un an. Cette progression reflète des évolutions contrastées, marquées par un ralentissement des créances nettes sur l’administration centrale, une accélération du crédit au secteur non financier et une forte progression des avoirs officiels de réserve.
La composition de la liquidité évolue également, avec un ralentissement des placements en OPCVM monétaires et une accélération marquée de la monnaie fiduciaire, en hausse de 11,7%, traduisant de nouveaux arbitrages dans la détention des liquidités.
MK/AK/Sf/APA







