Le continent africain dépend encore majoritairement des financements extérieurs pour assurer son développement, alors qu’il dispose d’une très importante épargne domestique. Une meilleure éducation financière permettrait de flécher cette épargne vers les réels besoins de l’Afrique, ainsi que le préconise Constantin Dabiré, PDG de la société SA2IF qui organise des sessions de formation à la bourse.
L’idée de Constantin Dabiré, fondateur de la société financière burkinabé SA2IF, est de « démocratiser l’accès à la bourse pour mieux financer l’économie africaine ».
Une nouvelle encourageante pour l’Afrique : en 2024, les investissements directs étrangers (IDE) ont bondi de 75% sur le continent. Signes d’une attractivité financière renouvelée, ces bons chiffres masquent cependant une réalité moins avouable : celle d’une Afrique encore trop dépendante, pour se développer, des flux financiers exogènes. « Aujourd’hui », abonde ainsi Thomas Melonio, chef économiste à l’Agence française de développement (AFD), « de nombreux projets d’investissement en Afrique, notamment dans l’énergie ou l’extraction minière, sont financés en grande partie par des capitaux étrangers » – chinois, mais aussi sud-coréens, japonais, singapouriens, etc.
« Cela ne signifie pas que ces investissements ne créent pas de valeur ajoutée ou d’emplois sur le continent », nuance l’expert, « mais si le capital initial provenait d’Afrique, l’ensemble des bénéfices économiques resterait localement ».
Et l’économiste d’estimer qu’il s’agit là d’un « enjeu stratégique majeur : renforcer les institutions financières africaines pour qu’elles puissent financer plus de projets en autonomie, mieux absorber les chocs économiques et réduire la dépendance aux marchés internationaux. L’Afrique doit pouvoir étendre ses capacités de financement pour capter et conserver plus de richesses sur son sol ».
Mobiliser l’épargne africaine « dormante »
Toutes les régions d’Afrique sont confrontées à cette pénurie de financements domestiques. Y compris le marché ouest-africain, au sein duquel « la liquidité existe », observe Constantin Dabiré, « mais elle n’est pas sur le bon créneau ». « Il nous faut donc », poursuit le financier, « drainer cette liquidité ´dormante‘ vers le marché boursier et les infrastructures (…), avec un accent mis sur les particuliers, car nous évoluons dans une zone très peu bancarisée, avec des ménages, des hommes d’affaires ou des commerçants qui conservent parfois beaucoup de liquidités dans leur boutique ou chez eux ».
Confirmant les estimations du PDG de la SA2IF, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chaque année en effet, il manque environ 100 milliards de dollars à l’Afrique pour financer, selon la Banque africaine de développement (BAD), les investissements nécessaires pour développer les infrastructures, la santé, les énergies renouvelables ou les technologies ; chaque année également, quelque 500 milliards de dollars sont épargnés par les Africains, seuls 10% de ces fonds étant réinvestis sur le continent. « Nous disposons du capital, mais il ne circule pas suffisamment », résumait en 2024 la ministre marocaine de l’Économie, Nadia Fettah Alaoui.
L’éducation financière, clé vers la bourse
Les besoins sont là, les fonds également : comment, dès lors, tirer un trait d’union entre les deux et mobiliser cette épargne au service de l’Afrique et des Africains ? Plusieurs pistes existent, qui s’appuient sur les spécificités intrinsèques au continent. À commencer par sa jeunesse, sept Africains sur dix étant aujourd’hui âgés de moins de 30 ans ; une population jeune, naturellement plus à l’aise dans son rapport aux nouvelles technologies que les générations la précédant : ainsi, plus d’un Africain de 15 à 24 ans sur deux (53%) utilise Internet, contre 35% pour les autres tranches d’âge. Mobiliser l’épargne domestique passera donc nécessairement par le fait de miser sur les technologies numériques, les fintech, le mobile money, etc.
Autant d’outils digitaux qui permettront de démocratiser la finance auprès du plus grand nombre. Constantin Dabiré en est convaincu, lui selon qui « la finance n’est plus réservée à une élite (mais est) l’affaire de tous ».
Encore faut-il, pour y parvenir, améliorer la diffusion d’une information financière fiable, de qualité et accessible à des pans de population jusqu’alors éloignés de ces concepts. Ce à quoi s’attelle précisément le même Constantin Dabiré qui avec sa société, la SA2IF, essaie de faire évoluer les mentalités africaines en proposant plusieurs formats autour de la finance : Forum international sur l’investissement boursier (FIIB), dont la troisième édition a, au mois de février dernier, rassemblé 800 personnes à Ouagadougou ; éducation financière dans les écoles primaires ; formation de journalistes burkinabè ; etc.
Une ambition conditionnée à la coopération panafricaine
Si les initiatives privées telles que celles proposées par la SA2IF contribuent à massifier l’éducation financière sur le continent, elles ne pallieront pas l’action – ou l’inaction – des pouvoirs publics. « Au régulateur d’innover sans compromettre la stabilité », a ainsi lancé lors de la troisième édition du FIIB Aboubakar Nacanabo, le ministre burkinabé de l’Économie, selon qui il revient « aux États (africains) de créer un environnement (financier) propice, transparent et prévisible ». De son côté, son homologue marocaine a appelé début avril au « renforcement des marchés financiers locaux afin de réduire la dépendance (africaine) aux financements extérieurs ». Et Nadia Fettah Alaoui de plaider en faveur de « la coopération Sud-Sud pour renforcer la mobilisation des ressources domestiques en Afrique (et) l’émergence de solutions endogènes ».
AC/Sf/APA







