Le couperet est tombé. Le 27 octobre 2025, la Cour constitutionnelle du Bénin a mis un terme définitif aux ambitions présidentielles du parti Les Démocrates (LD), en déclarant irrecevables les derniers recours déposés contre la Commission électorale nationale autonome (CENA).
Cette issue inévitable, illustre moins la sévérité du droit que les divisions internes et les erreurs de procédure d’un parti miné par ses contradictions. Dans sa décision, la Cour a confirmé que les requêtes du parti avaient été déposées hors du délai légal de 48 heures prévu par le Code électoral.
La Cour a aussi rappelé que le seuil de parrainages exigé, 15 % des 186 élus soit 28 signatures, devait être strictement respecté. Cette rigueur juridique, loin d’être une formalité, incarne la solidité de l’État de droit béninois : aucune candidature ne peut se soustraire à la règle commune.
En appliquant la loi, sans céder aux pressions, la Cour constitutionnelle a réaffirmé la primauté de la procédure sur le rapport de force. Dans un contexte régional souvent marqué par la contestation judiciaire, le Bénin se distingue une fois de plus par la fermeté de ses institutions.
Un parti fracturé
Le revers judiciaire n’est que le dernier acte d’une crise politique déjà bien engagée. Depuis plusieurs semaines, Les Démocrates se déchirent entre la ligne d’Éric Houndété, partisan d’une opposition institutionnelle, et celle de Boni Yayi, plus radicale et centralisée. Ce climat de méfiance a plombé le processus de désignation du duo présidentiel, finalement arrêté à la hâte le 14 octobre, à la veille de la clôture du dépôt des candidatures.
Le ticket Renaud Vignilé Agbodjo – Jules Lodjou, présenté comme un compromis imposé, a cristallisé les rancunes. La situation a explosé avec le retrait du parrainage du député Michel Sodjinou, qui a accusé la direction du parti d’avoir falsifié sa fiche de parrainage pour soutenir un candidat qu’il ne reconnaissait pas. Cette seule signature manquante a suffi à invalider la candidature, privant le parti de la marge minimale nécessaire pour concourir.
En tentant ensuite de contester la décision hors délai, Les Démocrates se sont enfermés dans une impasse juridique qui illustre leur désorganisation interne : un parti plus prompt à dénoncer qu’à se discipliner, qui n’a pas la stature d’un parti de gouvernement.
Le geste d’apaisement de Renaud Agbodjo
Dans ce chaos, la posture de Renaud Vignilé Agbodjo a tranché par sa sobriété. Prenant acte de la décision de la Cour, il a reconnu la responsabilité de son parti et appelé au respect du verdict : « Votre responsabilité dans la conduite du Bénin sera grande », a-t-il déclaré à Romuald Wadagni, favori du scrutin, dans un message empreint de dignité.
Ce geste, salué au-delà des clivages politiques, rappelle qu’en démocratie, la grandeur d’un homme politique se mesure à sa capacité à accepter la décision de justice, même lorsqu’elle lui est défavorable.
Avec la disqualification des Démocrates, le scrutin présidentiel d’avril 2026 se jouera entre Romuald Wadagni – Mariam Talata et Paul Hounkpè – Judicaël Hounwanou. Mais au-delà des candidatures, cette séquence rappelle une vérité essentielle : la stabilité du Bénin repose sur le respect scrupuleux de ses institutions et de l’État de droit.
Le camp présidentiel, resté silencieux tout au long du contentieux, a choisi la retenue et la continuité. Une attitude de sérénité qui contraste avec le désordre de l’opposition et qui confirme, une fois encore, que la démocratie béninoise se renforce par la loi.
AP/Sf/APA







