Le Premier ministre algérien a promis que le guichet unique de l’investissement deviendrait « pleinement opérationnel », un engagement souvent réitéré par le gouvernement sans réel suivi administratif.
Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb a inauguré, mardi à M’sila, deux unités industrielles emblématiques de la stratégie algérienne de « relance par la récupération », en présence des ministres de l’Intérieur et de l’Industrie. Présentée comme un signal fort du redressement économique post-corruption, cette visite traduit surtout la persistance d’un modèle étatique fermé, où l’industrie demeure l’instrument privilégié de communication du pouvoir.
La réouverture de l’usine Fondal, spécialisée dans la production de fer et d’acier, marque la première étape de cette tournée. Ce complexe de 23,9 hectares, resté à l’abandon pendant plus de sept ans, a été repris par l’État après la faillite d’un investisseur privé étranger. Confié au groupe public SNS, il a bénéficié d’un investissement public de 226 millions de dinars. Sa capacité annuelle de 650 000 tonnes de rond à béton est censée générer une valeur ajoutée de 5,7 milliards de dinars – une projection ambitieuse dans un contexte où la plupart des usines publiques peinent à atteindre la rentabilité.
Cette opération s’inscrit dans la ligne directe des directives du président Abdelmadjid Tebboune, qui fait de la récupération des actifs « confisqués pour corruption » un pilier de sa politique industrielle. En réalité, ce processus conforte le retour en force de l’État dans un secteur autrefois promis à la libéralisation. À M’sila, la réhabilitation de Fondal illustre la dépendance structurelle du tissu productif aux entreprises publiques, souvent fragilisées par le poids bureaucratique, les interférences politiques et le manque de compétitivité.
Le Premier ministre a également inauguré l’usine Euro Trucks Parts, filiale du groupe Euro Moteur, dédiée à la fabrication de pièces de rechange automobiles. Bien que cette unité privée emploie une centaine de personnes, elle reste intégrée dans un environnement industriel sous tutelle administrative forte. Ghrieb a insisté sur la « transparence des composants utilisés » et la « structuration d’un écosystème », des formules qui, dans le contexte algérien, traduisent davantage une volonté de contrôle qu’un véritable soutien à l’innovation.
Les autorités locales mettent en avant la reprise de 1 650 projets inspectés depuis 2022, et la récupération de fonciers industriels non exploités. Mais cette politique d’assainissement, si elle redonne de la visibilité à certaines wilayas, ne compense pas l’absence d’investissements étrangers directs ni la faiblesse du secteur privé. L’industrie algérienne reste fortement dépendante des financements publics, du soutien de Sonatrach et des appels d’offres étatiques, loin des logiques de marché qui favorisent l’efficacité et l’innovation.
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