Les opérations engagées par les autorités guinéennes contre l’exploitation anarchique de l’or dans la région de Siguiri prennent une nouvelle ampleur, avec l’interpellation de 1 263 personnes de sept nationalités, alors que la campagne de sécurisation des zones aurifères entraîne des départs massifs de travailleurs étrangers et suscite des préoccupations humanitaires et diplomatiques dans la sous-région.
Dans un communiqué conjoint publié samedi 7 novembre 2026, les ministères de la Défense nationale et de la Sécurité et de la Protection civile indiquent que les personnes interpellées sont de nationalités guinéenne, burkinabè, malienne, togolaise, nigérienne, ivoirienne et ghanéenne. Qualifiées de « récalcitrants » par les autorités, elles ont été conduites à Conakry pour les besoins de la procédure judiciaire.
Les officiers de police judiciaire de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale procèdent actuellement à leurs auditions. À l’issue de cette étape, les intéressés seront déférés devant les juridictions compétentes, assurent les deux départements, qui promettent le respect de leur dignité et de leurs droits durant toute la procédure.
Cette nouvelle annonce intervient après plusieurs mesures prises depuis la fin du mois d’octobre pour mettre un terme à l’exploitation aurifère anarchique dans cette région du nord-est de la Guinée, frontalière du Mali.
Le 29 octobre, le gouverneur par intérim de Siguiri, le colonel Fadjimba Mara, avait annoncé la suspension de toutes les activités d’exploitation artisanale de l’or jusqu’à la régularisation de la situation. Cette décision a été suivie d’opérations de ratissage et de sécurisation menées notamment à Kouremalé, Djatéla et Bouré-Kourda, où des installations artisanales ont été détruites.
Le 2 novembre, cinq membres du gouvernement, dont le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, ont annoncé, dans un communiqué conjoint, l’interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri.
Les autorités ont justifié cette mesure par la dégradation de l’environnement, la destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal, ainsi que la pollution et l’ensablement du fleuve Niger, du Djoliba, du Tinkisso et de leurs affluents, qui constituent une zone humide d’importance internationale.
Le texte interdit notamment l’utilisation de dragues, l’extraction et le lavage de minerais dans les lits et sur les berges des cours d’eau, ainsi que le recours aux explosifs, au mercure, au cyanure et à d’autres produits chimiques dangereux. L’exploitation est également proscrite dans les zones protégées, les forêts classées, les terres agricoles, les pâturages et aux abords des agglomérations et des infrastructures publiques.
Pour faire appliquer ces dispositions, les autorités ont annoncé le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité, avec des contrôles sur les axes routiers et fluviaux et aux points d’entrée de la région. Les vérifications portent également sur l’identité et la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites miniers. L’achat et la vente de l’or produit dans la région sont désormais réservés aux comptoirs agréés.
Des responsables administratifs sanctionnés
La campagne de régulation s’est également traduite par des sanctions contre des responsables administratifs locaux accusés d’avoir laissé prospérer les activités illégales.
Vingt-deux administrateurs territoriaux civils et militaires, dont le gouverneur par intérim, quatre préfets et dix-sept sous-préfets de la région de Siguiri, ont été radiés de la fonction publique par décret présidentiel, selon le communiqué de samedi.
À ces mesures s’ajoute le limogeage de 479 présidents de district et de quartier par la ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Ces responsables sont également poursuivis et mis à la disposition de la justice, précisent les autorités.
Une crise aux répercussions sous-régionales
Les opérations ont provoqué le départ de plusieurs milliers de travailleurs étrangers, principalement burkinabè, installés dans les zones aurifères de Siguiri.
Face à cet afflux, le gouvernement burkinabè a dépêché, le 4 novembre, une mission à Bamako pour porter assistance à ses ressortissants en transit ou en difficulté au Mali. Le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, avait annoncé la mobilisation d’une centaine de bus, dont une cinquantaine étaient déjà sur le territoire malien, pour faciliter leur retour.
La situation a également pris une dimension humanitaire. Le 6 novembre, APA rapportait que quatre décès avaient été enregistrés par le centre de santé communautaire de Kouremalé, à la frontière guinéo-malienne, parmi les personnes ayant quitté les sites aurifères de Siguiri. Un responsable diplomatique burkinabè avait, pour sa part, avancé un bilan de neuf morts. Une centaine de malades et de blessés étaient également pris en charge dans cette localité malienne, certains présentant des blessures par balle. Les circonstances exactes des décès et le bilan définitif restaient à établir.
Sur le plan diplomatique, le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a rencontré les chefs de missions diplomatiques accrédités en Guinée le 5 novembre afin de présenter la position des autorités sur les opérations et la situation des ressortissants étrangers. Il avait notamment évoqué l’interpellation de ressortissants chinois et burkinabè, ainsi que d’autres nationalités, et défendu l’application de la législation guinéenne indépendamment de la nationalité des personnes concernées.
Le chef de la diplomatie guinéenne avait également dénoncé une confusion entre panafricanisme et faiblesse face à l’exploitation illégale des ressources naturelles, en évoquant les conséquences de l’utilisation du cyanure, de la déforestation et de la destruction de la faune et des cours d’eau.
Un secteur aurifère stratégique
Au-delà des enjeux sécuritaires et environnementaux, cette offensive intervient dans un secteur particulièrement important pour l’économie guinéenne.
Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, avait indiqué que le pays avait produit 72 tonnes d’or en 2024, dont 70 % provenaient de l’exploitation artisanale. Le gouvernement entend progressivement développer les activités semi-industrielles et industrielles, avec notamment une exploitation semi-industrielle désormais réservée aux opérateurs nationaux.
Les autorités guinéennes assurent que les mesures prises à Siguiri ne constituent pas une remise en cause de l’importance du secteur aurifère, mais visent à protéger les populations, préserver l’environnement et renforcer le contrôle de l’exploitation des ressources minières.
Dans son communiqué de samedi, le gouvernement précise que les mêmes opérations se poursuivent à Mandiana, Kérouané et Kouroussa, ainsi que dans toutes les localités confrontées à l’exploitation anarchique et illégale de l’or.
Les ministères de la Défense et de la Sécurité réaffirment ainsi leur détermination à faire appliquer la loi à toute personne impliquée dans ces activités, quelle que soit sa nationalité.
AC/APA





