Le gernement togolais entend renforcer le contrôle de l’exploitation de ses ressources minières avec la création d’une Commission nationale de lutte contre les activités minières illicites. Le projet de décret portant création, attributions, organisation et fonctionnement de cette structure a été examiné en première lecture, vendredi 6 novembre 2026, en Conseil des ministres, dans un contexte régional marqué par la multiplication des opérations contre l’orpaillage clandestin et ses conséquences environnementales.
Selon les décisions du Conseil des ministres, cette commission aura notamment pour objectifs de renforcer la coordination des administrations compétentes, de lutter contre l’orpaillage clandestin et l’exploitation minière sans titre, mais aussi de faire face aux conséquences environnementales, économiques, sanitaires et sécuritaires de ces activités.
Au Togo, le secteur minier est principalement structuré autour des phosphates, du calcaire et du clinker. En 2023, le pays a produit 1,52 million de tonnes de phosphates, 2,94 millions de tonnes de calcaire et 1,31 million de tonnes de clinker, selon le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Le secteur extractif représentait alors 1,1 % de la richesse nationale, 15,6 % des exportations et 10,9 % des recettes publiques.
Cette activité industrielle coexiste avec des exploitations artisanales et des activités informelles, notamment dans l’extraction aurifère, dont le suivi et l’encadrement constituent des défis pour les pouvoirs publics. La lutte contre les exploitations sans autorisation vise ainsi autant la protection des ressources naturelles que la maîtrise des circuits de production et de commercialisation.
La question prend une dimension particulière au regard de la situation en Guinée, où les autorités ont annoncé, le 2 novembre 2026, une interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri, au nord-est du pays. Cette décision fait suite à des missions d’inspection ayant relevé une dégradation des sols, la destruction de terres agricoles et la pollution de cours d’eau, notamment le Niger, le Djoliba et le Tinkisso, sous l’effet des pratiques minières non réglementées et de l’utilisation d’engins lourds.
La mesure a provoqué le départ de nombreux travailleurs étrangers, parmi lesquels plusieurs milliers de ressortissants burkinabè, selon les autorités de Ouagadougou. Le dossier a également pris une dimension diplomatique après les explications fournies, le 6 novembre, par le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, devant les ambassadeurs accrédités à Conakry.
Selon le chef de la diplomatie guinéenne, les opérations menées contre l’exploitation aurifère clandestine ont notamment conduit à l’interpellation de 249 ressortissants chinois et de 409 Burkinabè, ainsi que de personnes originaires du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Ghana, du Niger et d’autres pays. Il a précisé que ces personnes avaient été remises à leurs représentations diplomatiques après des procédures judiciaires engagées pour des infractions liées notamment à l’exploitation minière illégale et à la dégradation de l’environnement.
Morissanda Kouyaté a défendu la fermeté de son gouvernement, estimant que le panafricanisme et la solidarité entre États africains ne devaient pas être interprétés comme une faiblesse face aux activités portant atteinte aux ressources naturelles. Il a notamment évoqué l’utilisation du cyanure, la déforestation et la dégradation des cours d’eau dans les zones aurifères.
Cette situation illustre les difficultés auxquelles sont confrontés les pays ouest-africains dans la surveillance des sites d’exploitation artisanale, où la circulation transfrontalière des travailleurs, les circuits informels de commercialisation de l’or et les dommages environnementaux compliquent l’action des administrations.
Pour Lomé, la création de cette commission intervient ainsi dans un environnement régional où la question de l’exploitation illégale des ressources minières dépasse le seul cadre de la réglementation économique, pour toucher à la protection des écosystèmes, à la sécurité des populations et à la coopération entre États voisins.
Le Togo cherche parallèlement à diversifier son potentiel minier, notamment avec le gisement de manganèse de Nayega, dans le nord du pays, dont l’exploitation constitue un nouvel axe de développement du secteur extractif.
AC/APA



