Le financement américain de 414,2 millions de dollars destiné au projet d’uranium Dasa remet au premier plan une question logistique que Niamey ne peut éluder : comment exporter son minerai depuis un pays enclavé ? Le corridor saharienne soutenu par Alger semble être la solution, malgré les fragilités.
L’option algérienne apparaît sur la table pour l’acheminement de l’uranium nigérien, mais elle expose aussi les ambitions d’Alger à de nouvelles contraintes.
L’U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé le 16 septembre une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet d’uranium Dasa, développé par la compagnie canadienne Global Atomic dans la région d’Agadez. Ce soutien, présenté comme le plus important engagement financier américain jamais consacré à un projet minier africain, reste toutefois conditionné à plusieurs éléments, dont l’identification d’une route d’exportation viable et sécurisée.
C’est précisément sur ce terrain que l’Algérie pourrait être appelée à jouer un rôle. Depuis la fermeture de la route historique vers le port béninois de Cotonou, dans le contexte de la rupture entre Niamey et les autorités béninoises après le coup d’État de juillet 2023, le Niger cherche une alternative. Le corridor passant par le nord, à travers le Sahara algérien, constitue l’une des options évoquées.
Pour Alger, cette perspective est loin d’être anodine. La Route transsaharienne, longue d’environ 4 800 kilomètres entre Alger et Lagos, est annoncée comme réalisée à plus de 90 %. Le tronçon algérien entre Tamanrasset et In Guezzam est asphalté, tandis que des travaux se poursuivent encore côté nigérien entre Assamaka et le reste du réseau. L’existence de cette infrastructure donne à l’Algérie un avantage logistique évident sur le papier.
Mais transformer un axe routier en véritable corridor stratégique d’exportation d’uranium représente une autre équation. Il faudrait sécuriser durablement les itinéraires, organiser le transport d’un minerai stratégique et garantir la continuité des opérations sur une longue distance saharienne. Le financement américain lui-même n’est d’ailleurs pas encore un décaissement définitif : la viabilité de la route d’exportation fait partie des conditions à satisfaire.
Alger dispose néanmoins de plusieurs leviers pour consolider cette position. Un projet ferroviaire reliant Alger à Tamanrasset est à l’étude, tandis que les relations avec Niamey se sont renforcées. La visite du général Abdourahamane Tiani à Alger en février 2026, la coopération entre Sonatrach et Sonidep sur le champ pétrolier de Kafra et le soutien apporté par l’Algérie aux autorités nigériennes lors des événements d’août témoignent de cette proximité croissante.
Reste que cette montée en puissance comporte également une dimension géopolitique. En devenant potentiellement une voie de sortie pour l’uranium nigérien, l’Algérie ne ferait pas seulement de son territoire un espace de transit : elle renforcerait son poids dans l’économie stratégique du Sahel. Mais cette ambition suppose des infrastructures pleinement opérationnelles, des garanties de sécurité et des accords commerciaux solides. Pour l’heure, le corridor algérien apparaît davantage comme une option stratégique en construction que comme une route d’exportation définitivement établie.
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