Les attaques répétées sur l’axe Kidira-Kayes-Bamako poussent une partie croissante des transporteurs vers la branche sud, par Kédougou, Saraya et Moussala. Cette solution maintient les marchandises et le carburant en mouvement, mais la route absorbe difficilement l’arrivée des grands convois.
Le tracé habituel relie la frontière sénégalaise de Kidira à Diboli, Kayes, Diéma, Kita puis Bamako. Il constitue la principale voie terrestre d’approvisionnement du Mali depuis le port de Dakar. Selon la Banque mondiale, environ 60 % du commerce extérieur malien emprunte ce corridor, fréquenté en temps normal par près de 1 000 poids lourds par jour.
Cette circulation s’est fortement dégradée après les attaques coordonnées du 25 avril 2026. Des barrages dressés sur le territoire malien, des camions incendiés et l’immobilisation prolongée de chauffeurs ont ensuite perturbé la liaison entre Kayes et Bamako. L’Union des routiers du Sénégal recensait, en juillet, au moins 15 véhicules sénégalais brûlés et plusieurs centaines de camions abandonnés ou bloqués.
Les transporteurs qui poursuivent leurs activités passent désormais par Tambacounda, Kédougou, Saraya et Moussala, avant de rejoindre Kéniéba, Kita puis Bamako.
« Les gens partent, mais lentement », expliquait en juillet Daouda Lo, responsable de l’Union des routiers du Sénégal, en indiquant que cette voie bénéficiait d’une présence militaire.
Ce report est désormais confirmé par les organismes chargés de la circulation des marchandises. Le Conseil sénégalais des chargeurs parle d’une « réorientation massive » du trafic vers Kédougou-Saraya-Moussala, devenue en quelques semaines un important point de passage entre les deux pays.
Le prix du détour
Le 13 août, une mission réunissant le Conseil sénégalais des chargeurs et le Conseil malien des chargeurs a constaté une file de camions longue de 15 kilomètres au poste frontalier de Moussala. Les transporteurs y attendent parfois dans la brousse ou le long de la chaussée, faute de parking aménagé. La délégation a également relevé des difficultés d’hygiène et de sécurité routière, ainsi qu’un tronçon non bitumé de 10 kilomètres.
Cette situation intervient malgré les investissements engagés sur la branche sud. Lancé en novembre 2023, le programme de renforcement de la route Mako-Kédougou-Saraya-Moussala porte sur 136,4 kilomètres et représente 51 milliards de FCFA. Les travaux devaient améliorer la desserte du Mali, mais les aménagements frontaliers restent insuffisants pour recevoir un trafic aussi dense.
L’insécurité a également renchéri le transport. Des chauffeurs interrogés en juillet indiquaient que la rémunération de certains chargements, autrefois fixée autour de 1,4 million de FCFA, atteignait désormais 3,6 à 4 millions. Ce surcoût finit par se répercuter sur les importateurs et les consommateurs maliens.
Bamako maintient parallèlement les convois sous protection militaire. La Direction de l’information et des relations publiques des armées affirme que les FAMa ont escorté 15 589 camions-citernes entre le 1er juin et le 31 juillet, dont 7 417 chargés. Un nouveau convoi de 800 citernes est arrivé dans la capitale le 15 août, mais son itinéraire n’a pas été communiqué.
Moussala offre ainsi une possibilité de contournement, sans pouvoir remplacer durablement l’axe de Kayes dans ses conditions actuelles. La mission conjointe prépare une concertation à Bamako afin d’améliorer le passage frontalier, d’aménager les zones de stationnement et de coordonner l’action des services sénégalais et maliens.
MD/Sf/APA







