Inflation en recul, tourisme en hausse et finances publiques moins suffocantes : derrière la vitrine d’une stabilisation économique revendiquée par Tunis, l’économie réelle reste engluée dans une croissance faible, un investissement anémique et un chômage qui frappe durement la jeunesse.
Les indicateurs de la Banque centrale de Tunisie et de l’Institut national de la statistique dessinent certes une situation moins critique qu’en 2023 ou 2024. Les tensions inflationnistes se sont atténuées, les recettes touristiques progressent et les réserves en devises bénéficient de cet apport. Mais cette amélioration comptable peine à franchir la porte des ménages. Après plusieurs années de hausse des prix, le pouvoir d’achat reste laminé et la décrue de l’inflation ne signifie nullement un retour des prix à leur niveau antérieur.
Le tourisme constitue l’une des rares véritables respirations. Les visiteurs reviennent, les devises également. Une performance bienvenue, mais qui souligne cruellement le problème : quinze ans après la révolution de 2011, la Tunisie peine toujours à reconstruire un moteur productif suffisamment puissant pour tirer durablement la croissance. L’investissement privé reste faible et la désindustrialisation engagée depuis 2011 n’a jamais réellement été inversée.
Le marché du travail raconte la même histoire. Le chômage demeure particulièrement lourd chez les jeunes diplômés, tandis que les régions de l’intérieur restent enfermées dans le sous-emploi et la précarité. Quinze ans après le soulèvement qui avait précisément éclaté sur fond de chômage, d’inégalités territoriales et d’absence de perspectives, le rééquilibrage promis reste largement inachevé.
Le paradoxe tunisien devient ainsi brutal : les tableaux macroéconomiques commencent à respirer, tandis qu’une partie de la société continue d’étouffer. Les ménages arbitrent leurs dépenses, l’accès au logement reste difficile et le marché du travail demeure incapable d’absorber suffisamment de nouveaux actifs.
À cette fragilité s’ajoute l’impasse du financement. Le pouvoir de Kaïs Saïed défend une ligne de souveraineté économique et refuse plusieurs conditions associées aux négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). Politiquement, le discours permet de rejeter l’image de réformes dictées de l’extérieur. Économiquement, il ne répond pas à une question beaucoup plus terre-à-terre : avec quelles ressources financer durablement les besoins budgétaires et l’investissement ?
La Tunisie a peut-être éloigné le spectre de l’urgence financière absolue, mais elle n’a pas réglé son problème de fond. Tourisme, transferts de la diaspora et ralentissement de l’inflation offrent de l’oxygène. Ils ne remplacent ni l’investissement productif, ni les emplois, ni les réformes structurelles.
La stabilisation existe dans certains indicateurs. Pour une partie des Tunisiens, elle reste surtout une statistique qu’ils ne voient toujours pas dans leur portefeuille.
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