Une campagne transnationale déployée sur six plateformes aurait diffusé de fausses informations et des consignes logistiques avant les tentatives massives d’accès à Ceuta, selon une étude espagnole fondée sur l’analyse des réseaux sociaux.
Une campagne numérique transnationale aurait contribué à orienter des migrants vers Fnideq et la frontière de Ceuta avant les tentatives de passage enregistrées entre le 30 juillet et le 1er août, affirme une étude achevée dimanche par José María Gil Garre, spécialiste espagnol de la sécurité et du renseignement en sources ouvertes.
L’analyse, menée durant 49 jours, du 15 juin au 2 août, porte sur des contenus publiés sur WhatsApp, Facebook, TikTok, Instagram, Discord et X. Selon son auteur, la mobilisation aurait été alimentée par une interprétation déformée d’une décision rendue le 8 juillet par le Tribunal suprême espagnol, présentée sur les réseaux comme une ouverture légale de la frontière empêchant tout retour immédiat.
À partir de la mi-juillet, les messages auraient progressivement intégré des indications sur les transports, les itinéraires et les lieux de rassemblement. Des déplacements depuis plusieurs villes marocaines, notamment Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech, Tanger, Tétouan et Al Hoceïma, ainsi que depuis l’Algérie vers le Maroc, ont été évoqués dans les groupes surveillés. Fnideq aurait alors servi de principal point de convergence.
L’étude estime l’audience potentielle de la campagne entre un et cinq millions d’impressions. Les communautés Facebook observées regroupaient plus de 250.000 membres, tandis que certaines vidéos publiées sur TikTok avaient enregistré plusieurs millions de vues. Le compte Haraga El Ghorba aurait notamment approché les sept millions de visionnages sur certaines séquences.
Chaque plateforme aurait rempli une fonction distincte. TikTok et Instagram assuraient l’amplification audiovisuelle, Facebook conservait les cartes et renseignements pratiques, tandis que WhatsApp servait à communiquer les horaires, les points de rencontre, les contrôles policiers et les changements d’itinéraire. X aurait surtout contribué à internationaliser la lecture politique des événements.
Deux groupes WhatsApp administrés depuis des numéros portant l’indicatif algérien +213 occupaient, selon le rapport, une place importante dans la coordination. Le premier, intitulé «Assaut pour le passage de Ceuta», a été repéré le 28 juillet. Le second aurait commencé à présenter Melilla comme destination de remplacement après le renforcement des contrôles autour de Ceuta. Ces éléments ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’identifier les organisateurs ni d’établir une implication étatique.
L’étude conclut que les premiers signaux d’alerte étaient apparus plusieurs semaines avant les tentatives de passage: multiplication de messages similaires, réactivation d’anciens groupes, circulation de cartes, création de comptes éphémères et diffusion progressive d’horaires précis. Elle décrit un réseau décentralisé réunissant diffuseurs, coordinateurs, facilitateurs et destinataires, capable d’adapter rapidement ses consignes aux mesures prises par les autorités.
MK/AK/Sf/APA







