Le Dr Ameth Diallo, directeur du Bureau de coordination du Comité permanent pour l’information et les affaires culturelles (COMIAC) de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a appelé à puiser dans l’héritage de Ceerno Sileymaan Baal pour promouvoir une gouvernance fondée sur l’éthique, la justice et le mérite, tout en faisant de la préservation du patrimoine historique et culturel un levier de développement et de cohésion sociale.
S’exprimant lors d’une cérémonie d’hommage consacrée au réformateur du Fouta Toro, Dr Amath Diallo, directeur du COMIAC-OCI, a présenté Ceerno Sileymaan Baal comme l’une des figures les plus marquantes de l’histoire politique et intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest, dont la pensée demeure d’une étonnante actualité près de deux siècles et demi après sa disparition.
« Son existence fut courte, mais son héritage est immense », a déclaré le Dr Ameth Diallo, qualifiant l’érudit musulman d’« architecte d’une révolution morale et politique » qui a profondément transformé les institutions du Fouta Toro au XVIIIᵉ siècle.
Revenant sur le contexte historique, il a rappelé que Ceerno Sileymaan Baal s’était élevé contre le système de la dynastie des Denianke, caractérisé par la transmission héréditaire du pouvoir et une organisation sociale fortement hiérarchisée. Son ambition, a-t-il expliqué, était de restaurer la légitimité morale de l’autorité publique en faisant de la justice, de la compétence et de l’intégrité les fondements de l’exercice du pouvoir.
Selon lui, la grande modernité de Ceerno Sileymaan Baal réside dans sa conception de l’État.
« Le pouvoir est un dépôt et non un privilège », a-t-il rappelé, soulignant que le réformateur rejetait toute appropriation personnelle de l’autorité au profit d’une gouvernance tournée vers le bien commun.
Une révolution politique avant-gardiste
Le Dr Ameth Diallo a également retracé le parcours intellectuel de Ceerno Sileymaan Baal, dont les voyages au Cayor, au Boundou, au Fouta Djallon et en Mauritanie lui ont permis d’approfondir ses connaissances en droit islamique et d’observer différents modèles de gouvernance.
Cette réflexion déboucha, en 1776, sur la Révolution tooroodo menée avec Abdoul Kader Kane, qui renversa le dernier souverain denianke et ouvrit une nouvelle page de l’histoire du Fouta Toro.
Selon l’orateur, cette révolution ne constitua pas seulement un changement de régime, mais une véritable refondation politique et sociale. Elle instaura un État reposant sur la méritocratie, la responsabilité des gouvernants, une fiscalité tournée vers l’intérêt général et un système dans lequel l’Almamy devait être choisi pour son savoir, sa probité et son engagement envers la communauté, plutôt que pour son appartenance familiale.
Il a également rappelé que Ceerno Sileymaan Baal s’était illustré par son opposition aux prélèvements imposés par les Maures, un refus qui lui valut le surnom de « Briseur de mouddo horma », devenu le symbole de la défense de la souveraineté et de la dignité des populations du Fouta.
Des principes toujours d’actualité
Le directeur du Bureau de coordination du COMIAC a insisté sur la portée universelle des recommandations laissées par le réformateur avant sa mort sur le champ de bataille en 1776.
Parmi ces principes figurent le refus de transformer l’imâmat en monarchie, l’obligation de choisir des dirigeants compétents et intègres, ainsi que la nécessité de lutter contre l’enrichissement illicite des responsables publics.
À ses yeux, ces enseignements demeurent d’une grande pertinence dans les débats contemporains sur la bonne gouvernance, la transparence, la reddition des comptes et la lutte contre la corruption.
« Ceerno Sileymaan Baal n’est pas seulement une figure historique ; il est un modèle de gouvernance éthique et un symbole de résistance contre toutes les formes d’injustice », a-t-il affirmé.
Préserver le patrimoine pour construire l’avenir
Au-delà de l’hommage rendu au réformateur, le Dr Ameth Diallo a plaidé pour une politique ambitieuse de sauvegarde du patrimoine historique et culturel africain.
Selon lui, les sites historiques, les manuscrits, les langues nationales, les traditions orales, les savoir-faire artisanaux et les grandes figures de l’histoire constituent les fondements de l’identité des peuples et un puissant facteur de développement.
« Le patrimoine historique et l’héritage culturel sont les racines vivantes qui nourrissent notre identité. Ils témoignent de notre créativité, de nos combats et des valeurs que nous transmettons de génération en génération », a-t-il déclaré.
Face aux menaces que représentent l’oubli, l’indifférence, l’uniformisation culturelle, les conflits ou encore les effets du changement climatique sur les sites patrimoniaux, il a appelé les pouvoirs publics, les chercheurs, les collectivités territoriales, les artistes et la jeunesse à unir leurs efforts pour préserver, transmettre et valoriser cet héritage.
Il a notamment insisté sur le rôle de l’éducation dans la transmission de la mémoire collective, estimant qu’un peuple qui connaît son histoire est mieux armé pour relever les défis du présent et construire son avenir.
En conclusion, le Dr Ameth Diallo a invité les Sénégalais et, plus largement, les Africains à faire vivre les idéaux de Ceerno Sileymaan Baal en plaçant la justice, le mérite, la responsabilité et la préservation du patrimoine au cœur des politiques publiques.
« En célébrant Ceerno Sileymaan Baal, nous ne rendons pas seulement hommage à un homme ; nous célébrons les valeurs qui fondent une société juste, libre et solidaire. Faisons de chacun de nous un gardien de la mémoire et un passeur de culture », a-t-il conclu.
TE/Sf/APA







