À travers la promotion de nouveaux cadres des forces de sécurité, les autorités tunisiennes réaffirment la centralité de la question sécuritaire dans le discours de l’État, présenté comme un levier de souveraineté, de stabilité et de restauration de l’autorité publique.
Lors d’une cérémonie organisée à Kairouan à l’occasion de la sortie de la promotion « Marouane Kaderi », le ministre tunisien de l’Intérieur a qualifié la sécurité de « mission sacrée », une formule qui s’inscrit dans la continuité du discours porté depuis plusieurs années par le président Kaïs Saïed. La sécurité apparaît désormais comme l’un des principaux marqueurs de l’action publique, au même titre que la souveraineté nationale ou la lutte contre la corruption.
La promotion de 950 diplômés des différentes écoles de sécurité intervient dans un contexte où les autorités mettent régulièrement en avant les opérations menées contre les réseaux criminels, le trafic de stupéfiants et les différentes formes de délinquance organisée. Les saisies de drogues, les arrestations et les démantèlements de réseaux sont ainsi présentés comme les manifestations concrètes d’une politique visant à renforcer le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire.
Au-delà de la dimension opérationnelle, cette approche participe à la construction d’un récit politique plus large. Depuis 2021, le pouvoir tunisien associe fréquemment le rétablissement de l’autorité de l’État à la consolidation de la sécurité intérieure. Dans cette lecture, la stabilité sécuritaire constitue une condition préalable au redressement institutionnel, économique et social du pays.
Le discours officiel cherche toutefois à concilier fermeté et légalité. En soulignant la nécessité « d’appliquer la loi sans oublier la dignité », le ministre de l’Intérieur a insisté sur l’importance de préserver la relation de confiance entre les forces de sécurité et les citoyens. Cette référence traduit la volonté affichée des autorités de présenter l’action sécuritaire non seulement comme un instrument de coercition légitime, mais également comme un mécanisme de protection de la population.
Les nouveaux diplômés appelés à rejoindre les services de police judiciaire, les unités d’intervention et d’autres structures opérationnelles incarnent ainsi, dans le discours gouvernemental, une nouvelle génération d’agents chargés de renforcer la présence de l’État et de répondre aux défis sécuritaires contemporains.
Dans une région confrontée à des risques multiples, allant des trafics transfrontaliers aux menaces liées au crime organisé, la sécurité demeure l’un des principaux axes de légitimation du pouvoir tunisien. La mise en avant des résultats opérationnels et le renforcement des effectifs s’inscrivent dans cette stratégie visant à faire de l’institution sécuritaire un symbole de stabilité et de continuité de l’État.
Au-delà de la cérémonie de Kairouan, le message adressé par les autorités est clair : la sécurité est désormais présentée comme l’un des fondements de la gouvernance actuelle et comme un élément central du projet politique porté par le président Kaïs Saïed.
MK/AK/Sf/APA







