Dans un contexte national marqué par des tensions politiques persistantes, des difficultés économiques croissantes et des interrogations sur l’avenir du contrat social sénégalais, la Coordination régionale de Dakar du Rassemblement islamique du Sénégal (RIS Al Wahda) a consacré, dimanche, une journée de partage et de réflexion aux grands défis auxquels le pays est confronté.
Placée sous le thème « Le Sénégal à la croisée des chemins : diagnostic d’un projet de société en crise », la rencontre initiée par le RIS Al Wahda a réuni à Dakar des universitaires, des intellectuels, des acteurs religieux, des membres de la société civile, ainsi que des responsables du mouvement autour d’un objectif commun : analyser les mutations en cours et contribuer à la recherche de solutions susceptibles de préserver la stabilité du pays.
Pour le président de la Coordination régionale de Dakar du RIS, Mouhamadou Lamine Gaye, cette initiative s’inscrit dans la mission citoyenne et éducative portée depuis plusieurs décennies par le mouvement.
« Le RIS a toujours été un espace de réflexion, d’éducation et d’engagement au service de la société. Aujourd’hui, face aux nombreuses interrogations qui traversent notre pays, il nous paraît indispensable d’offrir des cadres d’échanges permettant d’analyser les réalités et de promouvoir des solutions fondées sur le dialogue, la responsabilité et les valeurs de solidarité », a-t-il expliqué.
Spiritualité, géopolitique et gouvernance au cœur des débats
La journée s’est ouverte par une session consacrée à la spiritualité, à la santé et au développement personnel. Destinée principalement aux militants et sympathisants du mouvement, cette séquence visait à renforcer les valeurs morales, éthiques et citoyennes considérées comme essentielles à la construction d’une société équilibrée.
Les participants ont ensuite abordé les grandes questions géopolitiques qui dominent l’actualité internationale. Les conflits au Moyen-Orient, l’instabilité persistante dans le Sahel et les recompositions des rapports de force mondiaux ont fait l’objet d’analyses approfondies. Les intervenants ont notamment mis en lumière les conséquences sécuritaires, économiques et diplomatiques que ces crises peuvent avoir sur le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest.
Les fragilités économiques sous la loupe
Les discussions ont porté sur le poids de la dette publique, les contraintes budgétaires de l’État, les relations avec les institutions financières internationales ainsi que les difficultés quotidiennes rencontrées par une partie importante de la population.
Les participants ont également évoqué les enjeux liés à l’emploi des jeunes, au coût de la vie, à la compétitivité de l’économie et à la nécessité d’accélérer les réformes capables de soutenir une croissance inclusive et durable.
Pour plusieurs intervenants, la question économique demeure aujourd’hui au cœur des préoccupations des Sénégalais et constitue l’un des principaux déterminants de la stabilité sociale du pays.
Sur le plan politique, les échanges ont mis en évidence les tensions qui continuent de marquer le débat public malgré l’alternance intervenue à la tête de l’État.
Dans sa communication intitulée « Crises politiques au Sénégal : histoire et actualités », le chercheur Dr Saliou Dramé est revenu sur les différentes séquences de tensions ayant jalonné l’histoire politique sénégalaise, tout en soulignant la capacité du pays à préserver ses équilibres institutionnels grâce à la culture du dialogue et de la concertation.
Pour les participants, les divergences entre acteurs politiques et institutionnels ne doivent pas compromettre les efforts de développement ni fragiliser davantage le climat social.
« Lorsqu’une crise politique s’installe durablement, ce sont toujours les populations qui en supportent les conséquences. Il est donc essentiel que chacun contribue à l’apaisement et à la recherche de compromis favorables à l’intérêt général », a déclaré Mouhamadou Lamine Gaye.
Préserver la cohésion nationale face aux discours de haine
Au-delà des questions économiques et politiques, la rencontre a également permis d’aborder les défis liés à la cohésion sociale.
Les responsables du RIS se sont notamment inquiétés de la montée des discours de haine, des invectives et des formes de stigmatisation observées sur certaines plateformes numériques et dans plusieurs espaces de débat public.
Selon eux, ces dérives représentent une menace pour le modèle sénégalais fondé sur le vivre-ensemble, la tolérance religieuse et le respect de la diversité culturelle.
« Les valeurs d’hospitalité, de fraternité et de respect mutuel qui ont toujours caractérisé notre nation doivent être préservées. Nous devons refuser toutes les formes de discours susceptibles de dresser les Sénégalais les uns contre les autres », a insisté le président de la Coordination régionale de Dakar.
Les participants ont ainsi plaidé pour un renforcement de l’éducation citoyenne, de la culture du dialogue et de la responsabilité dans l’usage des réseaux sociaux.
La dernière communication, présentée par Cheikh Matar Kébé, président du RIS Al Wahda et spécialiste en science politique, a porté sur le thème « Le Sénégal entre espoirs et incertitudes : les défis d’un nouveau contrat social ».
L’intervenant a souligné la nécessité de reconstruire la confiance entre les citoyens et les institutions à travers une gouvernance plus inclusive, une meilleure prise en compte des attentes sociales et un renforcement des mécanismes de participation citoyenne.
Selon lui, les transformations politiques récentes offrent des opportunités importantes, mais exigent également une vigilance constante afin de préserver les acquis démocratiques et de consolider la stabilité nationale.
Selon Mouhamadou Lamine Gaye, l’organisation entend multiplier les initiatives de dialogue avec les acteurs politiques, religieux et de la société civile afin de contribuer à la recherche de solutions concertées aux difficultés actuelles.
« Le Sénégal dispose des ressources humaines, intellectuelles et morales nécessaires pour surmonter les défis auxquels il est confronté. Cela exige toutefois davantage d’écoute, de concertation et de responsabilité collective », a-t-il conclu.
À travers cette rencontre, le Rassemblement islamique du Sénégal entend ainsi renforcer sa contribution au débat public et participer à la promotion d’un climat de paix, de stabilité et de cohésion sociale dans un contexte national marqué par de profondes mutations politiques, économiques et sociétales.
TE/Sf/APA






