La condamnation par contumace de la journaliste tunisienne Khaoula Boukrim, à 4 ans de prison, ravive les inquiétudes des organisations de défense des droits humains concernant la situation de la liberté de la presse en Tunisie et l’usage du décret-loi 54 sur la cybercriminalité.
Un tribunal tunisien a condamné par contumace la journaliste Khaoula Boukrim à quatre ans de prison, selon les déclarations de l’intéressée mardi. Cette décision intervient dans un contexte de multiplication des poursuites judiciaires visant des journalistes, des opposants politiques et des militants critiques du pouvoir du président Kais Saied.
Fondatrice du média en ligne TUMEDIA et installée à Paris depuis décembre dernier, Khaoula Boukrim a indiqué avoir été informée de deux jugements rendus à son encontre sur la base du décret-loi 54 relatif à la cybercriminalité. Adopté en 2022, ce texte prévoit des peines pouvant être prononcées pour des infractions liées aux contenus diffusés sur internet.
Dans un entretien accordé à Reuters, la journaliste a expliqué avoir quitté la Tunisie après avoir appris l’existence de procédures judiciaires engagées en raison de ses prises de position critiques à l’égard du président tunisien et de son entourage.
«Ce verdict s’inscrit dans la continuité du ciblage du journalisme indépendant et des voix critiques», a-t-elle déclaré.
Cette condamnation s’ajoute à une série d’affaires ayant concerné des professionnels des médias ces derniers mois. Plusieurs figures médiatiques tunisiennes, dont Zied Heni, Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, ont également été poursuivies ou emprisonnées dans des dossiers ayant suscité des réactions d’organisations de défense de la liberté de la presse.
Les ONG tunisiennes et internationales estiment que le décret-loi 54 est de plus en plus utilisé pour limiter la liberté d’expression et poursuivre les voix critiques. Les autorités tunisiennes défendent pour leur part ce dispositif, qu’elles présentent comme un outil destiné à lutter contre la désinformation et les abus commis sur les plateformes numériques.
L’affaire s’inscrit dans un climat politique marqué par la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kais Saied depuis 2021. Cette année-là, le chef de l’État avait dissous le Parlement et gouverné par décret, une démarche que ses opposants considèrent comme un recul des acquis démocratiques issus de la révolution de 2011.
Les critiques du pouvoir dénoncent une réduction progressive de l’espace public et des libertés civiles, tandis que le président Saied rejette les accusations d’autoritarisme. Le chef de l’État affirme régulièrement que les libertés individuelles et les droits fondamentaux demeurent garantis en Tunisie.
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