Réunis à Dakar du 8 au 11 juin, les acteurs mondiaux de l’élevage ont adopté la Déclaration de Dakar, engageant le secteur sur la voie d’une transformation inclusive et durable, au bénéfice des femmes, des jeunes et de la planète.
La 14e réunion du Programme mondial pour un élevage durable (GASL- sigle anglais) s’est ouverte lundi à Dakar, réunissant ministres, chercheurs, organisations internationales et représentants du secteur privé autour d’un mot d’ordre commun : faire de l’élevage un levier d’inclusion sociale, d’emploi des jeunes et de résilience climatique.
La rencontre a débouché sur l’adoption de la Déclaration de Dakar, qui appelle à des actions concrètes au bénéfice des générations présentes et futures.
Dans son discours d’ouverture, le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikh Omar Ba, a rappelé le poids du secteur dans l’économie nationale. Selon lui, l’élevage représente 35 % du PIB du secteur primaire et constitue la principale activité économique de 38,7 % des ménages ruraux.
« Le bétail représente un actif d’épargne, un capital social, un instrument de gestion du risque et un pilier identitaire des sociétés rurales », a-t-il déclaré, soulignant que l’élevage pastoral extensif et l’agropastoralisme semi-intensif assurent respectivement 60 % et 30 % de la production nationale.
Pour autant, le ministre a reconnu que le secteur est confronté à des défis majeurs : changement climatique, dégradation des ressources naturelles, pressions foncières et émergence de maladies animales.
« Nous devons agir collectivement afin de construire des systèmes d’élevage plus productifs, plus inclusifs, plus résilients et plus respectueux de l’environnement », a-t-il lancé.
La coordinatrice résidente du Système des Nations Unies au Sénégal, Aminata Maiga, a abondé dans le même sens, insistant sur l’approche « One Health » (« Une seule santé »), qui reconnaît les liens étroits entre la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes.
« Dans un monde confronté à des risques sanitaires croissants et aux effets du changement climatique, cette approche n’est plus une option ; elle est une nécessité », a-t-elle affirmé.
Un secteur porteur de solutions, selon le président du GASL
De son côté, le président du GASL, Hsin Huang, a tenu à souligner la singularité du format de cette rencontre.
« Une réunion multipartite signifie rassembler tous les acteurs clés du secteur de l’élevage : producteurs, gouvernements, secteurs de la santé et de l’environnement, milieux académiques, partenaires internationaux et société civile », a-t-il expliqué.
« Nous avons besoin de tous. Nous avons besoin de votre expertise pour avancer ensemble dans cette entreprise importante », a-t-il poursuivi.
Loin de dresser un tableau alarmiste, Hsin Huang a choisi de mettre en avant le potentiel du secteur.
« L’élevage représente une formidable opportunité de contribuer à la résolution des grands défis mondiaux actuels », a-t-il affirmé, citant la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la création d’emplois, notamment pour les jeunes, ainsi que les réponses possibles au changement climatique et à la gestion durable des ressources naturelles.
S’adressant directement aux jeunes présents dans la salle, il a affiché un optimisme assumé en affirmant : « Nous disposons des capacités intellectuelles, de l’expertise des collègues réunis ici et, surtout, de l’engagement des agriculteurs et des jeunes parmi nous. »
Il a également rappelé que cette édition coïncide avec l’Année internationale des éleveurs et des pasteurs ainsi qu’avec l’Année internationale de la famille rurale, deux célébrations qui confèrent, selon lui, une résonance particulière aux travaux de Dakar.
L’Afrique refuse une approche uniforme des émissions du bétail
Le commissaire de l’Union africaine (UA) chargé de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable, Moses Vilakati, a tenu à recadrer le débat mondial sur les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage.
« Le discours dominant suggère que l’élevage est responsable d’environ 20 % des émissions mondiales de GES. Cela ne reflète pas la réalité africaine », a-t-il déclaré, rappelant que l’Afrique, qui abrite 17 % de la population mondiale, ne représente que 4 % des émissions mondiales de carbone.
Fort de ce constat, le commissaire a appelé l’Afrique à résister aux politiques prônant des réductions drastiques de la production animale, estimant qu’une approche uniforme à l’échelle mondiale « n’est ni équitable ni réalisable » et risquerait de compromettre la sécurité alimentaire du continent.
Il a plaidé pour que la voix de l’Afrique, « ancrée dans la science et les données probantes », soit entendue et contribue à façonner les débats mondiaux.
Le Dr Abdrahmane Wane, directeur régional Afrique de l’Ouest et du Centre de l’ILRI, intervenant au nom du directeur général, le Pr Appolinaire Djikeng, a pour sa part appelé à des « solutions équilibrées et fondées sur les données probantes », soulignant que « les systèmes d’élevage durables ne sont pas seulement un défi de gestion ; ils font partie de la solution en matière de sécurité alimentaire, de nutrition, de résilience climatique et de croissance inclusive ».
Femmes et jeunes au cœur de la Déclaration de Dakar
La Déclaration de Dakar, adoptée à l’ouverture des travaux, place l’équité de genre et l’autonomisation des jeunes parmi ses priorités absolues.
Le texte reconnaît que « les femmes continuent de faire face à des obstacles structurels, notamment un accès limité à la terre et au cheptel, des rémunérations inférieures et un accès restreint au crédit, aux technologies et aux marchés rémunérateurs ».
Face à l’exode rural croissant des jeunes, la déclaration s’engage à promouvoir les opportunités d’emploi décent et d’entrepreneuriat offertes par le secteur, ainsi qu’à favoriser le développement des compétences et l’accès aux ressources pour cette frange de la population.
Aminata Maiga a souligné que « les réponses existent déjà dans les savoirs locaux, dans l’expérience des éleveurs, dans les pratiques des communautés pastorales ainsi que dans les initiatives portées par les femmes et les jeunes », appelant à reconnaître et à valoriser ces connaissances à plus grande échelle.
Moses Vilakati a, quant à lui, insisté sur la nécessité de « faciliter l’accès au financement et d’apporter un soutien ciblé » aux femmes et aux jeunes, qui « constituent la majorité des acteurs des chaînes de valeur de l’élevage mais continuent de faire face à de nombreux obstacles ».
La rencontre, organisée sous le thème « Du dialogue mondial à l’action locale pour un élevage résilient et durable », se poursuivra jusqu’au 11 juin 2026 avec la participation de délégations venues d’Afrique et d’autres régions du monde. Elle est organisée par la FAO, en partenariat avec le gouvernement sénégalais et plusieurs organisations internationales.
ARD/te/Sf/APA





