À travers la présidence sénégalaise du Comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau, Dakar ambitionne de repositionner l’eau et de l’assainissement, longtemps relégués au second plan des négociations climatiques internationales, comme un pilier central des politiques climatiques et de développement à l’occasion du 39e sommet de l’Union africaine, prévu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba.
La capitale éthiopienne, Addis-Abeba, va abriter, les 14 et 15 février 2026, le 39e sommet de l’Union africaine dont le thème central est : « L’eau comme ressource vitale pour le développement et la vie. »
A cette occasion, le Sénégal entend y porter une voix forte en faveur de l’eau et de l’assainissement. Selon Dr Bakary Faty, directeur de la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau (DGPRE) au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, cette dynamique s’inscrit dans l’engagement affiché de son pays de renforcer la coopération entre États africains et de mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune à l’échelle continentale.
A la tête du Comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW, sigle anglais), la présidence sénégalaise de cette organisation repose sur quatre chantiers structurants. Le premier vise une gouvernance renforcée de l’organisation, mieux adaptée aux ambitions africaines et orientée vers l’accélération des progrès vers l’Objectif de développement durable 6 relatif à l’eau et à l’assainissement.
Le second porte sur l’adoption, par les chefs d’État et de gouvernement, de la Vision et de la politique africaines de l’eau à l’horizon 2063. Le troisième chantier concerne un plaidoyer politique de haut niveau afin d’inscrire durablement l’eau parmi les priorités de l’agenda de l’Union africaine.
Enfin, la quatrième priorité est l’unification de la position africaine dans les négociations et mécanismes mondiaux liés à l’eau.
Mais ce plaidoyer intervient dans un contexte de vulnérabilité croissante des infrastructures hydrauliques africaines face au changement climatique. « Toutes les infrastructures ne sont pas aujourd’hui suffisamment résilientes », souligne Dr Bakary Faty.
Certains bassins fluviaux pourraient connaître une humidification accrue, tandis que d’autres, comme celui du Zambèze, risquent de perdre jusqu’à 60 % de leur potentiel hydroélectrique, avec des conséquences majeures sur les coûts énergétiques et la sécurité des populations, alerte-t-il.
D’où la nécessité, selon lui, de repenser en profondeur les modèles d’aménagement hydraulique pour les adapter aux nouveaux scénarios climatiques.
Des infrastructures à repenser, mais aussi des usages à arbitrer
Au-delà de la résilience des ouvrages, le changement climatique pose la question des arbitrages entre usages concurrents de l’eau : alimentation en eau potable, agriculture irriguée, industrie, énergie et préservation des écosystèmes.
Dans un contexte de stress hydrique croissant, ces choix deviennent des décisions politiques majeures, susceptibles d’influencer la stabilité sociale et économique des territoires.
Par ailleurs, l’approche par les seules infrastructures ne saurait suffire. La protection des écosystèmes aquatiques (nappes phréatiques, zones humides, lacs et mangroves) apparaît de plus en plus comme un levier naturel d’adaptation climatique, souvent moins coûteux et plus durable que les solutions strictement techniques.
Le défi du financement et de la donnée climatique
La question du financement reste également centrale. Malgré son rôle déterminant dans l’adaptation au changement climatique, l’eau demeure marginalisée dans les mécanismes financiers internationaux, largement focalisés sur la réduction des émissions de carbone.
« L’eau est la grande oubliée des conférences climatiques, alors qu’elle est un marqueur direct du changement climatique », rappelle le responsable, citant les analyses d’experts du secteur. L’AMCOW plaide ainsi pour une augmentation substantielle des investissements dans les infrastructures hydrauliques, notamment à travers des instruments dédiés à la résilience climatique en Afrique.
Face au stress hydrique croissant, la coopération transfrontalière apparaît comme un levier indispensable. Le partage d’informations, la concertation et la gestion commune des ressources constituent, selon Dr Bakary Faty, des conditions essentielles à la sécurité hydrique et à la stabilité régionale.
Les expériences de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) illustrent, à ses yeux, la capacité des États africains à bâtir une gouvernance partagée et pacifique des bassins transfrontaliers.
Pour l’AMCOW, il devient urgent d’orienter davantage de financements vers des infrastructures hydrauliques résilientes, mais aussi vers la production de données hydrométéorologiques fiables, la planification fondée sur la science et l’innovation technologique, notamment les systèmes d’alerte précoce et la modélisation climatique.
Au-delà des constats, le message politique que le Sénégal souhaite porter au nom de l’Afrique lors du prochain sommet climatique est sans équivoque. Le continent n’a exploité qu’environ 5 % de son potentiel hydroélectrique, contre plus de 70 % dans les régions développées, révélant un retard massif d’investissement hydraulique.
Ce déficit, combiné à des taux d’accès à l’eau parmi les plus faibles au monde et à une mobilisation financière insuffisante, constitue un frein structurel majeur au développement, à l’industrialisation et à la transition énergétique de l’Afrique.
À l’inverse, l’investissement dans l’eau représente un levier à fort impact économique, social et environnemental. Pour le Sénégal et l’AMCOW, le 39e Sommet de l’UA doit marquer un tournant décisif en faisant de l’eau non plus une variable d’ajustement, mais un pilier stratégique des politiques climatiques et de développement du continent.
ARD/ac/Sf/APA






