Le président algérien a ordonné le retour immédiat de son ambassadeur à Niamey, un geste présenté comme une normalisation, mais révélateur d’une séquence diplomatique fragilisée dans le Sahel.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a annoncé, jeudi 12 février, que le président Abdelmadjid Tebboune avait donné instruction pour le « retour, avec effet immédiat », de l’ambassadeur d’Algérie accrédité auprès du Niger. Cette décision intervient après le retour à Alger de l’ambassadeur nigérien et sa reprise officielle de fonctions, présentée comme une étape dans la normalisation des relations bilatérales.
Si le communiqué officiel insiste sur la volonté de renforcer les « liens de fraternité, de coopération et de bon voisinage », la séquence illustre surtout les turbulences diplomatiques qui ont affecté les rapports entre Alger et plusieurs capitales sahéliennes ces derniers mois.
Dans son communiqué, la diplomatie algérienne souligne « l’importance particulière » accordée par le chef de l’État à la relance du dialogue politique bilatéral et à la reprise de la coopération multiforme. Cette rhétorique volontariste tranche toutefois avec le contexte régional marqué par la recomposition des alliances au Sahel, où l’influence d’Alger apparaît contestée.
Longtemps positionnée comme médiatrice incontournable dans les crises sahéliennes, notamment au Mali voisin, l’Algérie peine à maintenir un rôle central face à la montée en puissance d’autres acteurs extra-régionaux et à la redéfinition des priorités sécuritaires des régimes militaires de la région.
La référence, dans le communiqué, à des « projets stratégiques au bénéfice de l’intégration régionale et continentale » renvoie implicitement aux ambitions algériennes en matière de corridors énergétiques et d’infrastructures transsahariennes.
Or, plusieurs de ces projets structurants, régulièrement évoqués, avancent lentement ou restent à l’état d’intentions, alimentant le scepticisme sur la capacité d’Alger à traduire ses annonces diplomatiques en réalisations concrètes.
Parallèlement, le chef de la diplomatie Ahmed Attaf a multiplié les entretiens en marge du Conseil exécutif de l’Union africaine à Addis-Abeba, notamment avec son homologue du Zimbabwe. Là encore, les communiqués évoquent un approfondissement de la coopération et une coordination accrue sur les dossiers africains. Mais cette activité diplomatique soutenue contraste avec une influence régionale perçue comme en recul, dans un environnement continental de plus en plus concurrentiel.
Au-delà du geste symbolique envers Niamey, le retour de l’ambassadeur algérien apparaît ainsi comme une tentative de réajustement.
MK/AK/APA






