Alger a officialisé un nouveau cadre de coopération avec N’Djaména dans les hydrocarbures et les mines, mais l’annonce d’un investissement majeur suscite des interrogations sur la capacité réelle de l’Algérie à projeter durablement son modèle énergétique à l’étranger.
L’Algérie et le Tchad ont franchi jeudi à Alger une nouvelle étape formelle dans leur coopération bilatérale avec la signature d’un procès-verbal de discussions dans les secteurs des hydrocarbures et des mines. Le document a été paraphé par le ministre d’État algérien chargé des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, et la ministre tchadienne du Pétrole, des Mines et de la Géologie, Ndolenodji Alixe Naïmbaye, à l’issue d’une visite de travail de cette dernière dans la capitale algérienne.
Présentée par Alger comme le prélude à des projets concrets et à un investissement d’envergure au Tchad, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de projection économique de l’Algérie en Afrique.
La cérémonie, organisée au siège du ministère, s’est déroulée en présence de responsables des grandes entités publiques algériennes du secteur, notamment Sonatrach, Sonarem, ALNAFT et l’ANAM, traduisant la volonté officielle de donner à cette coopération un cadre structuré et institutionnel.
Dans le détail, le procès-verbal prévoit un renforcement du cadre réglementaire et juridique des hydrocarbures au Tchad, à travers l’échange d’expertises et la coopération entre autorités de régulation. Les agences algériennes, en particulier ALNAFT et l’ARH, sont appelées à accompagner leurs homologues tchadiennes, dont l’ARSAT, dans la structuration du secteur et la gouvernance des ressources. Sur le papier, l’initiative se veut ambitieuse et technique, s’appuyant sur l’expérience algérienne dans l’exploration, la production et la gestion des ressources minières et énergétiques.
Toutefois, derrière l’affichage diplomatique et sectoriel, plusieurs zones d’ombre demeurent. Aucune enveloppe financière précise, aucun calendrier opérationnel ni aucun projet identifié n’ont été rendus publics à ce stade.
Cette absence de détails alimente le scepticisme, d’autant que l’Algérie peine déjà à mobiliser des investissements massifs et efficients pour moderniser son propre secteur énergétique, confronté à des contraintes structurelles, à une dépendance persistante aux hydrocarbures et à un climat d’affaires jugé peu attractif par de nombreux investisseurs étrangers.
La capacité des entreprises publiques algériennes à exporter leur savoir-faire est également questionnée. Sonatrach, principal bras armé de cette diplomatie énergétique, reste largement concentrée sur ses priorités domestiques, tandis que ses expériences d’expansion à l’international sont restées limitées et parfois peu concluantes. Dans ce contexte, l’annonce d’un « investissement majeur » au Tchad apparaît davantage comme une déclaration d’intention que comme un engagement fermement arrimé à des capacités financières et opérationnelles avérées.
Pour le Tchad, pays producteur de pétrole mais confronté à des défis importants en matière d’infrastructures, de gouvernance et de diversification économique, ce partenariat pourrait offrir un appui technique utile.
Reste que l’efficacité réelle de cette coopération dépendra de sa traduction concrète sur le terrain, au-delà des cadres juridiques et des discours officiels. À défaut, cette initiative risque de rejoindre la longue liste des accords bilatéraux africains annoncés avec emphase, mais dont l’impact réel demeure limité.
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