Le Sénégal adopte une approche pragmatique et flexible face à la crise en Guinée-Bissau, tandis que la CEDEAO exige le retour à l’ordre constitutionnel.
Le Sénégal adopte une approche pragmatique et modérée face à la crise en Guinée-Bissau, a déclaré mardi le ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, sur TFM. « Nous avons condamné le coup d’État, demandé le rétablissement de l’ordre constitutionnel et la reprise du processus électoral », a rappelé le chef de la diplomatie sénégalaise, soulignant la position de principe de Dakar.
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, intervenant à l’Assemblée nationale, avait pour sa part qualifié le coup d’État de « combine » et exigé la poursuite du processus électoral, réaffirmant la nécessité de respecter la légalité constitutionnelle.
Face à la demande des militaires d’une transition d’un an, le Sénégal a opté pour une acceptation encadrée.
« Finalement, nous avons accepté, mais nous devons encadrer », a précisé M. Niang, mettant en avant le réalisme et la modération traditionnels du Sénégal, parfois en divergence avec des positions plus fermes au sein de la Cédéao. Le ministre a revendiqué un rôle central pour Dakar en raison de la proximité géographique et des liens particuliers avec la Guinée-Bissau, refusant que des pays éloignés imposent des solutions.
Établissant un parallèle avec l’intervention du Nigéria au Bénin lors de la récente tentative de coup d’État, M. Niang a souligné la réalité transfrontalière entre le sud du Sénégal et le nord de la Guinée-Bissau. Il a salué la stabilisation de la situation au Bénin et l’échec du coup d’État.
A Bissau, le général Horta N’Tam, chef d’état-major de l’armée de terre, est au pouvoir, après l’interruption du processus électoral à 24 heures de la proclamation des résultats par la Commission nationale électorale (CNE). Installé à la tête d’une transition d’un an, l’officier a nommé un gouvernement et adopté une charte de transition. L’opposant Domingos Simões Pereira, principal soutien de Fernando Dias da Costa, reste en détention, tandis que ce dernier, qui revendiquait la victoire dès le lendemain de l’élection du 23 novembre, s’est réfugié à l’ambassade du Nigéria à Bissau.
Dans ce contexte, la Cédéao a rejeté le chronogramme de transition annoncé par les auteurs du coup d’État. Dans son communiqué final de la 68e session ordinaire du 14 décembre à Abuja, l’organisation a rappelé que les élections du 23 novembre avaient été jugées « libres, transparentes et pacifiques » par sa mission d’observation et d’autres instances internationales. Elle exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, la mise en place d’une transition de courte durée dirigée par un gouvernement inclusif, et la protection des dirigeants et institutions nationales par la Mission d’appui à la stabilisation de la Guinée-Bissau.
La Cédéao a chargé sa Commission d’accompagner pleinement le processus de transition et dépêchera une mission de haut niveau ainsi qu’une délégation du Comité des Chefs d’État-Major pour dialoguer avec les autorités militaires. Elle avertit que des sanctions ciblées seront appliquées à toute personne ou groupe entravant le retour à l’ordre constitutionnel et invite l’Union africaine et les partenaires internationaux à soutenir la mise en œuvre de ces décisions.
AC/Sf/APA







