Le ministre libyen de l’Intérieur affirme que la gestion de près de trois millions de migrants pèse lourdement sur les finances et la stabilité du pays, un coût estimé à 7,2 milliards de dollars par an.
Le ministre libyen de l’Intérieur par intérim du Gouvernement d’union nationale, Emad Al-Trabelsi, a déclaré mardi que l’immigration clandestine représente un coût annuel de 7,2 milliards de dollars prélevés sur les fonds de la Banque centrale, selon les conclusions d’une enquête menée par l’Agence de sécurité intérieure et le Département des enquêtes criminelles.
Lors d’une conférence de presse, il a affirmé que la Libye, les pays voisins et l’Europe subissent « de graves dommages » du fait de ce phénomène, dans un contexte politique marqué par la fragmentation institutionnelle depuis 2010.
Al-Trabelsi a indiqué que la pression migratoire avait entraîné la perte de plus d’un million d’emplois pour les jeunes Libyens et alourdi les charges du pays en matière de carburant et d’électricité. Il a rappelé que son ministère prépare depuis juillet le Projet national de rapatriement des migrants illégaux, précisant que des milliers d’entre eux ont été expulsés en octobre lors de vols coordonnés avec leurs pays d’origine.
Selon lui, 70 % des migrants présents en Libye sont des familles, ce qui accroît le risque d’installation durable.
Sur le terrain, le ministère a recensé 90 signalements en 2025, permettant le sauvetage de 3 626 migrants et la récupération de 32 corps, a-t-il détaillé. Les opérations de secours varient « par centaines » selon les mois, le ministre regrettant que certains migrants n’aient pu être sauvés faute de capacités suffisantes. Il a dénoncé par ailleurs les pratiques de certains pays européens qui renvoient vers la Libye des migrants interceptés en mer, provoquant une nouvelle saturation des ports libyens.
Le ministre a souligné que la crise migratoire est liée à l’effondrement de l’appareil sécuritaire depuis 2010, facilitant l’entrée de centaines de milliers de personnes sur le territoire et créant, selon lui, un lien direct entre migrations incontrôlées et menaces terroristes.
Il a toutefois insisté sur la nécessité d’un encadrement légal de la main-d’œuvre étrangère, affirmant que la Libye en a besoin et se dit prête à délivrer des permis de séjour en coordination avec les ministères de l’Économie, du Travail et de la Santé.
Al-Trabelsi a enfin appelé l’Union européenne, l’Union africaine et les pays arabes à renforcer leur soutien à la Libye, jugeant l’aide actuelle « loin d’être proportionnée » à l’ampleur du phénomène. Il a assuré que Tripoli reste disposé à coopérer avec ses partenaires pour élaborer un plan officiel de retour des migrants vers leurs pays d’origine, estimant que la Libye ne peut « gérer seule » une telle charge.
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