La marée humaine descendue dans les rues de Gabès le 21 octobre 2025 marque un tournant majeur pour le pouvoir tunisien qui fait face à une révolte le défi écologique.
Le soulèvement environnemental en Tunisie, né de la colère face à la pollution chimique du Groupe Chimique Tunisien (GCT), révèle l’effondrement du discours populiste de Kaïs Saïed et l’incapacité de l’État à répondre à la détresse écologique et sociale de ses citoyens.
La grève générale et les manifestations massives qui ont paralysé Gabès le 21 octobre, rassemblant près de 70 000 personnes sur une population de 400 000 habitants, n’ont rien d’un simple épisode local. Elles traduisent une rupture historique entre le pouvoir central et la population du Sud tunisien, longtemps marginalisée et aujourd’hui exaspérée par l’inaction du gouvernement face à une pollution qui empoisonne la région depuis des décennies.
La ville, étouffée par les émanations chimiques du Groupe Chimique Tunisien (GCT), exige désormais le démantèlement pur et simple des unités de transformation de phosphate. Les habitants, réunis derrière des revendications citoyennes et apolitiques, réclament simplement le droit de respirer un air pur et de vivre dans un environnement sain, conformément à l’article 47 de la Constitution tunisienne.
Mais leur appel a rencontré le silence des autorités. Aucun représentant du gouvernement ne s’est déplacé à Gabès, et la seule réponse venue de Tunis fut le recours à la force : des gaz lacrymogènes pour une population déjà asphyxiée par les fumées industrielles.
Même les députés du groupe « La ligne nationale souveraine », proches du président, ont quitté l’hémicycle sous le feu des critiques. L’absence de vision environnementale, combinée à l’incapacité technologique de l’État à financer des solutions de dépollution (un isolant de 15 000 dinars jugé « trop cher » par le ministère de l’Équipement), expose la faillite du système administratif et le décalage entre les discours souverainistes et la réalité technique du pays.
En reconnaissant publiquement que la pollution de Gabès constitue un « crime d’État » tout en s’abstenant d’agir, Kaïs Saïed a ouvert une brèche politique majeure. Ce double langage, oscillant entre dénonciation morale et immobilisme bureaucratique, révèle la contradiction d’un pouvoir populiste qui se nourrit de la colère populaire sans jamais la résoudre.
Le président, désormais confronté à la fronde d’une partie de sa base, voit son image d’homme « proche du peuple » s’effriter. Son autorité se fragilise à mesure que les crises locales se transforment en symboles nationaux : Gabès devient le miroir d’une Tunisie étouffée par la pollution, la pauvreté et la centralisation du pouvoir.
MK/AK/Sf/APA







