En marge du Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF), un atelier régional consacré à l’entrepreneuriat agroécologique a réuni, le 29 août à Dakar, décideurs politiques, institutions financières, investisseurs et société civile, avec pour priorité le financement durable des entreprises agroécologiques.
Comment financer la transition agroécologique en Afrique ? La question a animé, vendredi 29 août à Dakar, la première journée d’un atelier régional organisé en marge du Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF). À l’initiative de la Fondation Biovision, la rencontre a réuni banquiers, investisseurs, responsables politiques et société civile autour d’un défi central : adapter les mécanismes financiers aux réalités des entreprises agroécologiques (EAE).
Depuis plusieurs années, ces petites et moyennes structures, ancrées dans les territoires et engagées dans des pratiques durables, peinent à accéder aux circuits traditionnels de crédit. Or, elles constituent, selon leurs promoteurs, une alternative crédible aux modèles agricoles intensifs, longtemps privilégiés par les grandes instances internationales.
Pour Hawabai Abdulla, responsable à la Banque de développement agricole de Tanzanie (TADB), il est urgent de repenser les approches classiques. « L’octroi de prêts est essentiel, mais il faut aller au-delà du crédit. Nous devons combiner financement, assistance technique et sensibilisation, pour que les agriculteurs, les entrepreneurs et les marchés comprennent l’importance de ces initiatives qui apportent des bénéfices sanitaires, économiques et environnementaux », a-t-elle déclaré.
À ses yeux, le soutien à ces entreprises ne peut reposer uniquement sur les banques.
« Les stratégies nationales d’agroécologie ne réussiront que si tous les acteurs – financiers, société civile, défenseurs des politiques publiques et gouvernements – s’engagent ensemble dans un cadre global », a-t-elle insisté.
Des données pour convaincre les bailleurs
Un constat partagé par Hans von Zinkernagel, chargé de projet à la Fondation Biovision, qui souligne que le financement de l’agroécologie est encore un « champ en construction. »
« Réunir financiers et décideurs dans une même salle est une opportunité rare. Le partage de connaissances est fondamental, car nous devons prouver par des données solides que les entreprises agroécologiques sont viables, rentables et génératrices d’impacts sociaux et environnementaux », a-t-il plaidé.
Biovision prévoit de publier, début 2026, un rapport consolidant les enseignements de l’atelier et documentant la rentabilité de ces modèles.
« Notre ambition est de démontrer qu’investir dans l’agroécologie, c’est à la fois soutenir des entreprises performantes et répondre aux urgences climatiques et alimentaires », a ajouté le représentant de l’organisation suisse.
Selon Ruth Nabaggala, de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA), l’impact est déjà mesurable. « Je travaille aujourd’hui dans huit pays avec environ 300 entreprises agroécologiques. Elles améliorent les moyens de subsistance, créent des emplois, garantissent une alimentation saine et protègent l’environnement », a-t-elle fait remarquer.
Elle a rappelé que l’agroécologie incarne une « rentabilité plus durable et plus juste que les modèles qui détruisent les personnes et la nature. »
Au terme de cette première journée, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de construire des mécanismes financiers hybrides, combinant crédits, appuis techniques, investissements à impact et politiques publiques incitatives.
L’ambition est de consolider un écosystème intégré où les entreprises agroécologiques pourront se développer et jouer un rôle central dans la transformation des systèmes alimentaires africains.
ARD/ac/Sf/APA







