Les résultats du dixième round de l’enquête Afrobarometer, dévoilés mardi à Dakar par le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), indiquent une perception globalement favorable des citoyens sénégalais sur la gouvernance du président Bassirou Diomaye Faye, élu le 24 mars 2024.
Un an après la troisième alternance démocratique dans l’histoire du Sénégal indépendant, les citoyens se disent majoritairement « optimistes » quant à la direction que prend le pays, selon les conclusions d’Afrobarometer lors d’un atelier de présentation organisé mardi 6 mai à Dakar. L’enquête a été réalisée par le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), partenaire local de l’initiative panafricaine, du 9 février au 9 mars 2025, soit quelques jours avant le premier anniversaire de l’accession au pouvoir du successeur de Macky Sall.
L’enquête Afrobarometer s’inscrit dans le contexte particulier de l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, élu au premier tour de l’élection présidentielle de mars 2024 au Sénégal, avec 54,28% des suffrages. Elle a permis d’interroger 1 200 Sénégalais – 600 hommes et 600 femmes – sélectionnés « aléatoirement » sur l’ensemble du territoire national, selon le professeur Abdoulaye Diagne, directeur exécutif du CRES. Les thématiques abordées ont porté sur la gouvernance, l’économie, la jeunesse, la corruption, les libertés publiques et les questions de genre.
Selon Pr Diagne, ce travail s’avérait « nécessaire » dans un contexte d’alternance politique où les attentes sont particulièrement fortes. Il a salué ainsi l’initiative d’Afrobarometer, qui mesure depuis plus de deux décennies les perceptions des populations africaines sur leur gouvernance.
Les Sénégalais interrogés se disent globalement « optimistes quant à la direction du pays », a résumé Mamadou Abdoulaye Diallo, auteur principal de l’enquête. Cependant, cet optimisme est nuancé par des inquiétudes persistantes sur la situation économique. L’augmentation du coût de la vie reste la première préoccupation des citoyens, suivie par le chômage et la pauvreté.
« Si plus de la moitié saluent la gestion économique du gouvernement, ils critiquent sa performance sur les autres questions économiques », a précisé M. Diallo.
La corruption largement « répandue »
Sur la question de la corruption, plus de 50% des répondants estiment qu’elle a diminué au cours de l’année écoulée et la majorité approuvent les efforts du gouvernement pour la combattre. Toutefois, cette amélioration perçue cohabite avec une réalité moins encourageante : de nombreux citoyens affirment avoir été contraints de « verser des pots-de-vin » pour accéder à certains services publics. Les institutions publiques restent perçues comme des lieux où la corruption est encore largement « répandue ».
La recherche met également en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes, « mieux éduqués » que les générations précédentes mais fortement touchés par le chômage. Leur volonté d’entreprendre se heurte à des obstacles liés à l’inadéquation entre la formation et les besoins du marché du travail, a constaté l’économiste.
« Les citoyens plaident pour que la création d’emplois soit la priorité des investissements en faveur de la jeunesse », a-t-il souligné, insistant sur l’urgence d’un investissement massif pour les jeunes.
Présent à l’atelier, le directeur de cabinet du ministère du Travail et de l’Emploi, Hamet Dia, a salué un rapport qui « reflète fidèlement le vécu des Sénégalais ». Il a notamment évoqué la perception de la corruption, une problématique qui ne représente que 3% des priorités exprimées par les citoyens interrogés par Afrobarometer.
« Néanmoins, la corruption détourne des ressources essentielles à l’éducation ou à la lutte contre le chômage », a-t-il reconnu, affirmant que le gouvernement « multiplie les initiatives pour améliorer l’employabilité des jeunes » et « modernise actuellement le service public de l’emploi ».
Le représentant d’Afrobarometer, Hassana Diallo, a quant à lui salué la collaboration avec le CRES, soulignant la neutralité et la rigueur méthodologique du consortium. Chargé de la communication pour les pays francophones, il a rappelé que l’objectif de ces enquêtes est de fournir aux décideurs des données fiables pour orienter les politiques publiques et « améliorer le quotidien des populations ».
ODL/te/Sf/APA






