À la suite d’un message solennel de Succès Masra appelant le président Mahamat Idriss Déby Itno à rompre avec les pratiques du passé, l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel sénateur Abderahman Koulamallah a tenu à rétablir ce qu’il considère comme la vérité sur les accords de Kinshasa ayant permis le retour de Masra au Tchad.
Nommé sénateur après avoir dirigé la diplomatie tchadienne, Abderahman Koulamallah est sorti de sa réserve ce mercredi pour répondre aux propos tenus par Succès Masra, ex-Premier ministre de transition, à l’occasion du septième anniversaire de son parti Les Transformateurs. Dans un message adressé au chef de l’État Mahamat Idriss Déby Itno, Masra a appelé à « changer de cap pour que le changement voulu par le Peuple devienne réalité », tout en réaffirmant son attachement à l’Accord Toumaï signé à Kinshasa.
Cette prise de position n’est pas restée sans réaction. Dans une déclaration ferme, Koulamallah dénonce une tentative de « réécriture des faits » de la part de celui qui avait reconnu les résultats de la présidentielle de 2024 avant de rejeter le processus électoral ultérieur. « Certaines déclarations récentes, notamment de l’intéressé lui-même, appellent une mise au point, tant elles entretiennent une confusion nuisible à la sérénité du débat démocratique », a-t-il affirmé dans un message diffusé sur ses réseaux sociaux visités à APA.
L’ancien ministre des Affaires étrangères rappelle que l’accord de Kinshasa, dont il fut l’un des artisans, ne comportait ni promesses occultes ni engagement de maintien au pouvoir. Il précise que les termes incluaient la levée du mandat d’arrêt contre Masra, une amnistie sollicitée par ce dernier et sa participation à la vie politique nationale, ce qui avait permis sa nomination à la primature et sa candidature à la présidentielle.
« Le peuple tchadien a tranché. Comme dans toute démocratie, celui qui l’emporte voit son programme appliqué. Revenir aujourd’hui à une logique de coalition reviendrait à fausser le jeu démocratique », a tranché Koulamallah, critiquant à demi-mot les appels implicites de Masra à une nouvelle entrée au gouvernement.
Alors que l’ancien Premier ministre a exhorté Mahamat Déby à poser des « actes forts » pour rompre avec les logiques de clans, Koulamallah lui répond que « la démocratie, ce n’est pas vouloir être Premier ministre à tout prix, c’est savoir perdre avec dignité ».
Masra, arrivé deuxième à la présidentielle de mai 2024 avec 18 % des voix, avait initialement reconnu les résultats avant de boycotter les élections suivantes. Il reste une figure centrale de l’opposition, connue pour son implication dans les manifestations d’octobre 2022. Mais pour Koulamallah, désormais sénateur, « on ne meurt pas politiquement parce qu’on n’est plus au gouvernement. On meurt en politique lorsqu’on oublie ce pour quoi on s’est battu ».
AC/Sf/APA






