La justice tunisienne a condamné lundi à des peines plus légères cinq travailleurs humanitaires dont un Tuniso-Suisse, ancien haut cadre de l’ONU, jugés pour avoir facilité l’entrée illégale de migrants. Certains des accusés ont été acquittés, ont indiqué des sources judiciaires.
Mustapha Djemali, 81 ans, également citoyen suisse et fondateur du Conseil tunisien des réfugiés (CTR), Abderrazek Krimi, chef de projet du CTR – emprisonnés depuis un an et demi – ainsi que trois autres mis en cause comparaissant libres, étaient accusés de « création d’une organisation » visant à « faciliter l’entrée clandestine » et l’ « hébergement » de migrants. Djemali et Krimi ont été condamnés à deux ans de prison mais ayant effectué l’essentiel de leur peine après environ 20 mois de détention, ils « vont être libérés dès ce soir », a déclaré à l’AFP leur avocate Mounira Ayadi. Les trois autres employés du CTR ont bénéficié d’un non-lieu, ajoute Me Ayadi.
Les avocats ont affirmé que le CTR travaillait en « partenariat exclusif » et dans le cadre d’une « convention légale » avec le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) en Tunisie pour trouver des hébergements d’urgence aux demandeurs d’asile et aux réfugiés.
« Nous sommes très heureux. La condamnation reste injuste mais on est vraiment soulagés car la peine est plutôt légère », a dit Yusra Djemali, l’une des filles du président du CTR. « Il lui reste environ quatre mois avec sursis mais l’important c’est qu’il sorte de prison dès ce soir », a-t-elle dit.
Lors de l’audience de lundi, M. Djemali, haut responsable régional du HCR pendant plus de 20 ans, a défendu avec émotion son action, soulignant que l’association s’occupait « de demandeurs d’asile, sans aucun lien avec l’immigration clandestine ».
L’ONG américaine Human Rights Watch avait appelé lundi « les autorités tunisiennes à abandonner des accusations infondées, à remettre en liberté les détenus et à arrêter de criminaliser le travail légitime » des associations.
« Le CTR a mené un travail de protection essentiel en soutien aux réfugiés et demandeurs d’asile, opérant légalement avec des organisations internationales accréditées en Tunisie », avait déclaré Bassam Khawaja, directeur régional adjoint de HRW, cité dans un communiqué de l’ONG.
Les ONG tunisiennes et étrangères ont déploré une régression des droits et libertés en Tunisie depuis un coup de force du président Kaïs Saïed à l’été 2021 par lequel il s’est emparé des pleins pouvoirs.
En février 2023, Kaïs Saïed avait dénoncé dans un discours l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays.
AK/Sf/APA avec AFP







