L’intensification des attaques de drones contre les infrastructures civiles au Soudan perturbe l’approvisionnement en électricité, en eau et en carburant, compromettant les soins médicaux et l’acheminement de l’aide humanitaire, a alerté jeudi une responsable des Nations unies.
Dans un entretien accordé à ONU Info, Denise Brown, Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Soudan, a dénoncé les frappes visant notamment les installations énergétiques et les dépôts de carburant, rappelant que les infrastructures civiles bénéficient d’une protection au regard du droit international humanitaire.
Les conséquences de ces attaques se font déjà sentir dans les établissements de santé. Dans un hôpital situé près de Khartoum, une coupure d’électricité a notamment provoqué l’interruption des séances de dialyse de 25 patients, faute de générateur ou de panneaux solaires pour assurer la relève.
Cette situation menace également les patients nécessitant des soins urgents, notamment les femmes enceintes sur le point d’accoucher et les enfants, a souligné la responsable onusienne.
Les pénuries de carburant affectent aussi les activités économiques et les déplacements des populations. À Khartoum, de longues files d’attente se forment devant les stations-service, tandis que des centaines de camions humanitaires restent immobilisés, faute de carburant.
Cette paralysie logistique compromet notamment la distribution de vivres, de produits nutritionnels destinés aux enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère et de matériel d’abri pour les personnes déplacées.
Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui assure l’approvisionnement des populations grâce à des milliers de camions, a également été confronté à des attaques répétées. Ses convois ont été visés à sept reprises depuis le début de l’année et à 20 reprises au cours des deux dernières années, selon Denise Brown.
Les violences compliquent par ailleurs l’accès des organisations humanitaires à plusieurs zones, notamment Dilling, dans le Kordofan du Sud, ainsi que certaines parties du Nil-Bleu et du Darfour.
Cette dégradation intervient dans un contexte de crise humanitaire déjà particulièrement grave, marqué par des déplacements massifs de populations, l’effondrement de nombreux services sociaux et la destruction d’une grande partie du système de santé.
Les déficits pluviométriques enregistrés ces derniers mois accentuent également l’insécurité alimentaire dans certaines régions du Darfour et du Kordofan, où des agriculteurs sont contraints de quitter leurs terres à la recherche de nourriture. La malnutrition aiguë sévère dépasse par ailleurs les seuils d’urgence dans plusieurs zones, selon les données de l’UNICEF.
Face à cette situation, les Nations unies et leurs partenaires tentent de maintenir l’assistance, malgré la réduction des financements humanitaires, qui contraint notamment le PAM à diminuer le nombre de bénéficiaires et les rations alimentaires distribuées.
Denise Brown a appelé la communauté internationale à exercer des pressions pour faire cesser les attaques contre les civils et les infrastructures essentielles, tout en renforçant les financements destinés aux opérations humanitaires.
« Rien ne justifie de frapper à répétition des centrales électriques et des stations-service », a-t-elle insisté, estimant que ces attaques privent les populations de services indispensables et mettent directement des vies en danger.
La responsable onusienne a également dénoncé les violences sexuelles liées au conflit, notamment celles signalées après les atrocités commises à El-Fasher, au Darfour, en octobre 2025.
« Ce n’est pas une question de politique. C’est une question de personnes », a-t-elle rappelé, appelant les États membres de l’ONU à placer les besoins fondamentaux des populations soudanaises au centre de leurs préoccupations.
TE/APA



