Face à un déficit estimé à 500.000 logements, le Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS) a lancé Kajom Capital, un mécanisme de location-vente destiné à faciliter l’accès à la propriété pour les salariés comme pour les travailleurs du secteur informel.
Au Sénégal, des milliers de travailleurs passent toute leur vie à payer des loyers sans jamais devenir propriétaires. C’est cette « injustice sociale et économique » que le Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS) entend corriger avec Kajom Capital, un nouveau véhicule financier présenté comme une alternative au crédit hypothécaire classique et à l’auto-construction lente.
« Imaginez un Sénégalais qui se lève chaque matin, travaille toute sa vie, rentre chez lui le soir et paie son loyer à la fin de chaque mois. Quarante ans plus tard, lorsqu’il regarde ce qu’il a bâti, il n’a rien. Pas même une parcelle qui lui appartient », a déclaré le directeur général du FONSIS, Babacar Gningue, lors de la cérémonie de lancement.
« Cela n’est pas seulement une fatalité. C’est une injustice. Une injustice à la fois sociale et économique », a-t-il martelé, estimant que la démocratisation de l’accès à la propriété constitue « l’un des piliers fondamentaux » d’un Sénégal « juste, souverain et prospère ».
Avec l’appui de partenaires financiers, le dispositif ambitionne de financer 20.000 logements sur dix ans grâce à un modèle de location-vente permettant aux ménages d’acquérir progressivement leur habitation sans recourir à un prêt bancaire initial.
Dans un contexte marqué par une urbanisation rapide et une forte pression démographique, notamment dans la région de Dakar, Kajom Capital se présente comme une « troisième voie » entre l’autofinancement et le prêt hypothécaire, souvent inaccessible à une grande partie de la population active évoluant dans l’informel.
Le ministre de l’Urbanisme, Balla Moussa Fofana, a abondé dans ce sens, soulignant que la politique d’habitat du gouvernement vise à offrir « une solution pour chaque niveau de revenu » : crédit hypothécaire, auto-construction sur parcelle ou location-vente progressive.
« Nous sommes dans un pays où près de 90 % de la population active travaille dans l’informel », a rappelé M. Gningue, soulignant que le mécanisme reste ouvert « à tout Sénégalais capable de justifier d’un revenu régulier », y compris « un commerçant à Sandaga, un transporteur à Touba ou un artisan à Ngaye Mékhé ».
Le modèle repose sur l’acquisition de logements « clés en main » auprès de promoteurs agréés, ensuite proposés aux bénéficiaires à travers des contrats de location-vente pouvant aller de dix à quinze ans.
Le FONSIS précise que Kajom Capital n’est pas un promoteur immobilier, mais « un instrument financier qui achète en grande quantité des logements et les met en location-vente ».
L’un des aspects mis en avant concerne la transformation du loyer en épargne. « Si vous allez jusqu’au terme du contrat, vous devenez propriétaire de votre logement. Et si, pour des raisons liées aux aléas de la vie, vous interrompez le contrat, une partie des sommes versées vous est restituée », a expliqué le directeur général du FONSIS.
Selon lui, ce système doit permettre de rompre avec les longues trajectoires d’auto-construction qui immobilisent l’épargne des ménages pendant « 20, 30, voire 40 ans ».
Le logement devient ainsi, selon les promoteurs du projet, un levier de sécurité sociale, de prospérité économique et de stabilité nationale.
Le ministre Fofana a prolongé ce raisonnement en insistant sur les effets en cascade du déficit de logements. Tant que ce déficit persistera, a-t-il averti, les loyers continueront d’augmenter, réduisant d’autant le reste à vivre des ménages et annulant les efforts du gouvernement pour maîtriser le coût de la vie.
« Les ménages ne pourront pas investir dans l’éducation des enfants, dans la santé, dans l’épargne ni même dans des activités productives », a-t-il mis en garde.
« La propriété met fin au cycle infernal du loyer éternel », a soutenu Babacar Gningue, estimant qu’« être propriétaire, c’est posséder une part de son propre pays ».
Le programme prévoit une montée en puissance progressive : 200 logements en 2026, puis 1.000 logements par an en 2027 et 2028, avant d’atteindre un rythme de croisière de 2.000 unités annuelles à partir de 2029.
Un audit des demandes de logements enregistrées en ligne a déjà recensé plus de 230.000 dossiers, confirmant l’ampleur de la demande.
Pour soutenir la viabilité du modèle économique, le ministre a annoncé avoir donné des instructions aux différentes agences en charge du logement afin qu’elles s’intègrent au dispositif en tant que parties prenantes.
Il a également évoqué les efforts de l’État sur le foncier et la fiscalité pour réduire les coûts de production, permettant, selon lui, d’acquérir des logements « en sous-valeur » par rapport au marché — un argument qu’il a directement adressé aux banques afin de les inciter à rejoindre l’initiative.
S’exprimant en sa qualité d’ancien banquier, M. Fofana a détaillé l’intérêt de l’investissement : un bien immobilier acquis à un coût maîtrisé, générant de la trésorerie grâce aux contrats de location, prenant de la valeur dans le temps et offrant une couverture solide en cas de défaillance d’un locataire-accédant.
Le FONSIS affirme également que ce mécanisme devrait stimuler l’offre immobilière, soutenir l’emploi dans le bâtiment et favoriser l’inclusion financière en créant un historique de paiement exploitable par les banques pour des ménages jusqu’ici exclus du système classique.
« Investir dans la location-vente à travers Kajom Capital est stratégique pour le FONSIS, car ce dispositif s’inscrit pleinement dans la politique du gouvernement visant à résorber durablement le déficit de logements », a conclu M. Gningue, appelant banques, compagnies d’assurance et investisseurs privés à rejoindre le projet, dont le coût global est estimé à 400 milliards de F CFA.
Le ministre de l’Urbanisme a fait écho à cet appel, rappelant que le déficit de logements représente avant tout « une opportunité d’investissement » et que la demande, massive et documentée, n’attend que des mécanismes structurés pour être satisfaite.
ARD/te/APA





