Le Sénégal entend structurer et sécuriser l’épargne locale pour en faire un véritable levier d’autonomie financière et de résilience face aux chocs économiques.
S’exprimant samedi à Dakar à l’ouverture de l’édition 2026 de la Journée mondiale de l’Épargne, le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire financière, le Dr Alioune Dione, a appelé à dépasser les schémas informels pour bâtir un système national de mobilisation des ressources internes.
Placée sous le thème « Épargner aujourd’hui, sécuriser demain : l’épargne au cœur de l’inclusion financière et de la résilience économique », cette rencontre a réuni à l’Hôtel Ndiambour des universitaires, des chercheurs, des acteurs du secteur financier et des représentants de consommateurs.
Réhabiliter l’effort financier des ménages
Dans son allocution dont APA a obtenu une copie, le ministre a d’emblée précisé que la culture de la mise de côté fait déjà partie intégrante du modèle social sénégalais.
« La tontine, le natt, la caisse du village, la cotisation du groupement de femmes, la mise de côté pour la fête, la rentrée des classes ou la saison prochaine : tout cela, c’est de l’épargne. Nos populations épargnent. La vraie question est de savoir comment, où, avec quelle sécurité et pour quel usage », a déclaré le Dr Alioune Dione.
Rejetant l’idée selon laquelle l’épargne ne serait que le surplus d’un revenu après consommation, le membre du gouvernement a salué la discipline des travailleurs modestes.
« Épargner, ce n’est pas ce qui reste. Pour une vendeuse du marché, pour un pêcheur, un maraîcher, un artisan, un chauffeur ou un jeune entrepreneur, épargner est au contraire un effort délibéré. C’est un arbitrage quotidien entre le besoin d’aujourd’hui et la sécurité de demain », a-t-il affirmé.
Un triptyque : protection, investissement et résilience
Pour les autorités sénégalaises, la stratégie d’inclusion financière repose sur trois priorités majeures : la protection sociale, l’investissement productif, la résilience nationale.
« Il n’y a pas de ressources internes sans épargne, et il n’y a pas d’épargne sans confiance », a martelé le ministre, insistant sur le fait que la solidité des institutions financières et la garantie des dépôts restent la condition sine qua non de la réussite de cette politique. Il a réaffirmé la volonté de l’État d’assumer son rôle de régulateur en lien avec la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Le mobile money et l’exigence de sécurité
Abordant les opportunités offertes par les technologies financières, le Dr Alioune Dione s’est interrogé sur la capacité du téléphone portable à devenir la « nouvelle tirelire des Sénégalais ».
Tout en reconnaissant les avantages du numérique pour réduire les coûts et atteindre les zones rurales isolées, le ministre a appelé à la vigilance : « Digitaliser sans protéger, ce serait fragiliser la confiance que nous cherchons à bâtir. La sécurité des transactions, la protection des données et la lutte contre la fraude doivent avancer ensemble. »
Un suivi opérationnel via la Déclaration de Dakar
Pour éviter que cette journée ne reste une simple cérémonie d’intention, les réflexions organisées en trois panneaux thématiques doivent aboutir à l’adoption de la Déclaration de Dakar sur l’Épargne 2026.
Ce document stratégique intègrera des recommandations précises sur l’éducation financière, l’accès des femmes et des jeunes aux services bancaires, la gouvernance des systèmes financiers décentralisés et le financement du monde rural, assorti d’un mécanisme d’évaluation périodique.
« Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous déclarons le 31 octobre, c’est ce que nous aurons fait aux rendez-vous suivants », a conclu le Dr Alioune Dione avant de déclarer ouverts les travaux.
TE/Sf/APA





