À l’heure de la semaine post-conflit organisée en Égypte, l’Union africaine fait focus sur « la justice réparatrice »
L’Union africaine ouvre ce lundi au Caire la 5e édition de sa Semaine de la reconstruction et du développement post-conflit, centrée cette année sur la « justice réparatrice ». Une thématique ambitieuse que la présidence égyptienne place au cœur de son action.
Organisé du 17 au 23 novembre, l’événement entend sensibiliser à l’urgence de consolider la paix dans les pays sortant de conflits et mobiliser ressources et expertises pour leur reconstruction. Selon les autorités égyptiennes, cette plateforme annuelle doit aller « au-delà des réunions symboliques » et inclure ateliers de renforcement des capacités, séminaires techniques et échanges de haut niveau avec les partenaires internationaux. Une ambition régulièrement réaffirmée dans les communiqués, mais dont l’impact réel reste limité dans plusieurs contextes africains fragiles.
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a dressé la liste des menaces pesant sur le continent : conflits internes, terrorisme, criminalité transfrontalière, pauvreté ou crises humanitaires. Il y a ajouté les effets du changement climatique et l’usage de technologies avancées, estimant que l’Afrique se trouve aux « avant-postes » des turbulences internationales. Le Caire relie désormais ces défis à des logiques de polarisation mondiale qui aggraveraient la fragilité de nombreux États.
Cependant, les analyses d’experts africains nuancent ce diagnostic, soulignant que la réponse institutionnelle de l’Union africaine demeure fragmentée, souvent dépendante des bailleurs extérieurs, et grevée par des tensions politiques entre États membres. Plusieurs programmes de stabilisation restent sous-financés, tandis que le Centre de l’UA pour la reconstruction post-conflit, basé au Caire, peine à consolider une présence durable dans les pays concernés.
Al-Sissi affirme pourtant que le continent dispose d’un « immense capital humain » et de ressources suffisantes pour bâtir la paix, à condition d’adopter des approches « holistiques » traitant les causes profondes des crises. Il met en avant la réhabilitation des institutions, l’appropriation nationale des solutions et l’implication des femmes et des jeunes. Mais dans plusieurs pays en transition, les processus de réconciliation demeurent entravés par des circulations limitées de financements, des élites contestées et l’insécurité persistante.
Le chef de l’État égyptien a également salué la tenue du Forum d’Assouan en octobre 2025, présenté comme le reflet d’une vision africaine liant paix, sécurité et développement. Ce forum, tout comme la Semaine UA, s’inscrit cependant dans un paysage institutionnel dense où la multiplication des plateformes ne garantit pas l’efficacité des dispositifs, estiment des diplomates africains.
Cette cinquième édition coïncide avec le 15e anniversaire du cadre politique de l’UA pour la reconstruction post-conflit, adopté en 2006 à Banjul. Un jalon symbolique qui rappelle aussi les limites chroniques d’une architecture de paix africaine encore en quête de moyens financiers, de coordination et de résultats mesurables sur le terrain.
AK/Sf/APA





