La Confédération syndicale internationale Région Afrique (CSI-Afrique) et ses affiliés ivoiriens ont lancé, ce vendredi 24 juillet 2026, un plaidoyer à Abidjan, pour un partenariat syndical visant à lutter contre la corruption, les flux illicites et la mauvaise gouvernance de la dette.
Ils réclament une meilleure gestion des recettes publiques et une transparence de la dette pour financer le développement et garantir le travail décent. Réunies au cœur de la capitale économique ivoirienne, les forces syndicales majeures du continent tapent du poing sur la table.
À l’initiative de la Confédération syndicale internationale Région Afrique (CSI-Afrique) et ses organisations affiliées en Côte d’Ivoire, notamment Humanisme, UGTCI, CISL-Dignité et FESACI, une déclaration conjointe de plaidoyer historique a été publiée.
Leur objectif : exiger un partenariat centré sur les travailleurs pour éradiquer la corruption, la kleptocratie et les flux financiers illicites, tout en imposant une gestion rigoureuse de la dette publique dans les Etats africains.

Pour les leaders syndicaux, la bonne gouvernance n’est pas un concept théorique, mais le fondement même du travail décent, de l’investissement et du développement durable. La déclaration, lue par Mamadou Soro, secrétaire général de la Centrale Humanisme et vice-président de la CSI-Afrique, met en lumière le coût social direct des dérives financières.
Il a relevé que la fausse facturation, le blanchiment d’argent et les transferts abusifs de bénéfices vident les caisses des États, entraînant des conséquences sociales majeures telles que le gel des salaires, les pertes d’emplois et le sous-financement des services publics, dont les femmes, les jeunes et les acteurs de l’économie informelle sont les premières victimes.
« Chaque franc préservé de la fuite de ressources peut contribuer aux emplois décents et à la protection sociale », a martelé Mamadou Soro, saluant au passage la stratégie anti-corruption 2024-2028 de la Côte d’Ivoire.
Le constat des syndicats est pragmatique : l’endettement est un levier utile pour moderniser les infrastructures et l’énergie, à condition d’être transparent et prudent. La CSI-Afrique dénonce vigoureusement l’asymétrie des marchés financiers internationaux, où les États africains subissent des conditions d’emprunt discriminatoires malgré des notations financières équivalentes à celles d’autres régions du monde.
Pour briser cette dépendance, l’organisation prône la création d’un marché africain des capitaux afin de faciliter les levées de fonds intra-continentales. Au siège de la Centrale Humanisme, la détermination était visible, portée par des pancartes explicites : « Protégeons l’argent public », « La corruption vole notre avenir ».
En marge de ce plaidoyer, le responsable syndical béninois Anselme Amoussou, un responsable de la CSI Afrique, en mission à Abidjan auprès des centrales ivoiriennes, a partagé une vision d’avenir pour le mouvement social.
Regrettant qu’en Afrique le syndicat soit trop souvent perçu comme une simple « nuisance » ou une force de contestation stérile, il appelle à un changement profond de paradigme. La CSI-Afrique, forte de ses 52 États membres, mise désormais sur le renforcement des compétences et l’expertise technique de ses adhérents.
Soucieux d’influencer les choix politiques majeurs liés à la transition digitale, au climat, aux migrations et à l’économie, les travailleurs africains entendent désormais peser sur les décisions politiques. A Abidjan, Anselme Amoussou a mené des consultations auprès d’institutions clés telles que la Haute autorité pour la bonne gouvernance.
Concernant la gestion souveraine, la CSI Région Afrique s’engage dans la construction d’une veille citoyenne et syndicale de qualité pour assurer le suivi citoyen de la dette, un domaine trop longtemps abandonné aux seuls experts.
Pour porter ce combat à l’échelle internationale et accentuer son impact, la CSI-Afrique s’associe à l’organisation américaine Solidarity Center afin de bâtir des coalitions stratégiques contre les flux financiers illicites et le surendettement.
AP/APA







