Alger annonce de fortes hausses sociales dans une stratégie qui peine à masquer l’essoufflement économique et la quête de légitimité du pouvoir.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a validé dimanche une importante revalorisation du salaire minimum et de l’allocation chômage lors d’une réunion du Conseil des ministres, présentée par la présidence comme une mesure sociale majeure. Le salaire mensuel minimum garanti doit ainsi passer de 20 000 à 24 000 dinars algériens à compter du 1er janvier 2026, soit une hausse affichée comme « conséquente » par les autorités.
La communication gouvernementale insiste sur le caractère « historique » de ce geste, le premier d’ampleur « depuis plusieurs décennies », une manière d’amplifier l’effet politique dans un contexte économique profondément dégradé.
Cette décision intervient alors que l’exécutif cherche à renforcer sa base sociale après plusieurs années de stagflation, de chômage persistant et de recul du pouvoir d’achat.
Le décalage entre le discours officiel triomphaliste et la réalité vécue par les ménages reste cependant frappant : même relevé, le SMIC ne dépasse pas l’équivalent d’une centaine d’euros, révélant une fragilité structurelle que les annonces ponctuelles peinent à corriger. Le pouvoir s’efforce pourtant d’en faire un marqueur d’action, dans un pays où l’État continue de se présenter comme le principal pourvoyeur de protection sociale.
Le Conseil des ministres a également acté une augmentation de l’allocation chômage, portée de 15 000 à 18 000 dinars. Le président Tebboune a ordonné de revoir les conditions de renouvellement de cette aide, jusqu’ici soumise à un contrôle tous les six mois. L’objectif affiché est d’en simplifier l’accès, même si les observateurs soulignent que les montants restent insuffisants pour compenser l’absence de réformes structurelles capables d’absorber les centaines de milliers de jeunes en situation d’inactivité.
Le chef de l’État a en outre instruit l’Agence nationale pour l’emploi d’améliorer ses mécanismes d’orientation et de collecte de données, lui assignant un rôle de « garant de transparence » dans la gestion des chômeurs. Une mission ambitieuse pour une administration souvent critiquée pour son opacité et son inefficacité, dans un marché du travail largement informel et peu dynamique.
Sur le dossier des retraites, le président a chargé son gouvernement de proposer des pistes d’augmentation des pensions, qui seront examinées lors de la prochaine réunion du Conseil des ministres. Bien que présentées comme une avancée sociale, ces annonces s’inscrivent dans un contexte où Alger tente de préserver une image d’État généreux, alors que sa capacité réelle à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures reste limitée.
Dans cette séquence, les hausses salariales apparaissent moins comme une réforme que comme un outil de stabilisation politique, révélateur des fragilités persistantes du modèle économique algérien.
MK/ak/ac/Sf/APA






