Dégustations, stands de produits du terroir et discours engagés, le 80e anniversaire de la FAO a transformé la Gare de Dakar en tribune d’un combat collectif pour la souveraineté alimentaire, pour la Journée mondiale de l’Alimentation (JMA).
Entre effluves de Thiéré au Niébé, expositions colorées de produits transformés et discours engagés, la Gare de Dakar a vibré ce jeudi aux couleurs de la souveraineté alimentaire. À l’occasion du 80e anniversaire de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de la Journée mondiale de l’alimentation (JMA), autorités sénégalaises et des Nations Unies ont lancé un appel solennel à l’action collective contre la faim.
Sous le thème « Main dans la main pour des aliments et un avenir meilleurs », la célébration a transformé l’espace en une véritable vitrine du terroir sénégalais, où femmes transformatrices, producteurs et artisans ont fait découvrir au public la richesse de l’agriculture locale.
Dès l’entrée, les stands des femmes transformatrices attirent l’œil. Jus de bissap, farine de fonio enrichie, condiments à base de moringa, huiles artisanales… Les produits exposés racontent une autre histoire de l’agriculture sénégalaise, celle de l’innovation au féminin et de la valorisation du terroir.
Les invités, personnalités officielles comme simples citoyens, déambulent entre les étals. L’ambiance est à la découverte, mais le message derrière ces dégustations est on ne peut plus sérieux.
L’unité, clé de la transformation alimentaire
Dans son allocution, Ibrahima Diouck, Directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, a rappelé que la quête de souveraineté alimentaire dépasse le cadre d’un seul département.
« C’est un projet national qui requiert l’engagement de tous », a-t-il affirmé, invitant à une mobilisation collective des jeunes, des femmes, des partenaires techniques et financiers ainsi que de l’ensemble des Sénégalais, notamment à travers la promotion de la consommation locale.
Pour sa part, la coordinatrice résidente des Nations Unies au Sénégal, Mme Aminata Maiga, a repris les mots du Secrétaire général António Guterres appelant à l’unité. « Nous avons les outils, les connaissances et les ressources pour mettre fin à la faim. Ce qu’il nous manque, c’est l’unité », a-t-elle soutenu.
Elle a insisté sur la nécessité d’une action concertée de tous les acteurs – décideurs, producteurs, chercheurs, secteur privé et citoyens – pour transformer durablement les systèmes alimentaires.
Abondant dans le même sens, la représentante de la FAO a rappelé qu’« aucun pays, aucune organisation, aucun individu ne peut agir seul » face aux défis actuels. Selon elle, chaque acteur – gouvernements, chercheurs, société civile, secteur privé et jeunesse – a un rôle essentiel à jouer pour réussir cette transformation.
Les intervenants ont par ailleurs souligné l’urgence de la situation mondiale : 733 millions de personnes souffrent encore de la faim, tandis qu’un tiers des aliments produits sont gaspillés. Ces déséquilibres, ont-ils relevé, illustrent à quel point les systèmes agroalimentaires mondiaux sont en crise, rendant indispensable une mobilisation collective et des actions coordonnées à tous les niveaux.
Le Sénégal mise sur la souveraineté alimentaire
Pour relever ce défi, le gouvernement sénégalais a érigé la souveraineté alimentaire en pilier fondamental de sa politique nationale, avec trois axes stratégiques : l’augmentation de la production dans les filières stratégiques, la modernisation et le financement de l’agriculture, et la valorisation ainsi que le stockage des produits locaux.
Les autorités ont également annoncé l’élaboration d’un Plan national d’adaptation au changement climatique pour faire face aux sécheresses, inondations et à la dégradation des terres qui menacent la production agricole.
Au-delà des discours, c’est une véritable fête du terroir qui s’est déployée tout au long de la journée. Les séances de dégustation ont permis au public de redécouvrir les saveurs authentiques du Sénégal : plats à base de mil, fonio, niébé, poissons locaux…
Chaque bouchée rappelant que « manger local, c’est protéger notre planète et renforcer notre indépendance alimentaire », comme l’a souligné la Coordonnatrice du Système des Nations Unies.
Les femmes transformatrices, véritables héroïnes du jour, ont démontré par leurs produits innovants que la souveraineté alimentaire passe aussi par la créativité et le savoir-faire local. Leurs stands, pris d’assaut par les visiteurs, témoignaient de cette « ingéniosité » et de cette « résilience » célébrées par les orateurs.
Le message était clair : « Main dans la main », à travers ces gestes simples de production, transformation et consommation locale, la transformation alimentaire est possible, et l’alimentation doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un droit humain fondamental respecté partout, pour tous, et pour toujours.
ARD/Sf/APA







