Dans un contexte marqué par la recrudescence des attaques armées, les autorités maliennes ont annoncé, le 3 juin 2026, la création de nouvelles zones d’intérêt militaire au sein de plusieurs forêts classées, réserves naturelles et espaces protégés du pays, considérés comme de potentiels refuges pour les groupes terroristes.
Un arrêté interministériel signé à Bamako place ces espaces sous surveillance militaire renforcée dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ». Le texte associe plusieurs départements ministériels, notamment ceux de la Défense, de la Justice, de l’Administration territoriale, de la Sécurité, des Transports et de l’Environnement.
Parmi les zones concernées figurent les forêts de Faya, Soussan, Kékoro, Sorodian, Kangaba, Kéniébaoulé, Bossofala et Kobri, ainsi que le Parc national de la Boucle du Baoulé. Selon des sources concordantes, 35 zones d’intérêt militaire ont été identifiées, principalement dans les régions du centre, du sud et de l’ouest du Mali.
Les autorités estiment que ces espaces peuvent être utilisés comme bases de repli ou de transit par des groupes armés terroristes. Désormais, tout accès à ces zones est soumis à une autorisation préalable délivrée par une autorité militaire locale relevant du chef d’état-major général des Armées.
L’arrêté autorise également l’état-major à y mener des opérations contre toute cible identifiée. Les Forces armées et de sécurité, ainsi que les agents des Douanes et des Eaux et Forêts, pourront accéder à ces périmètres sur instruction militaire.
Cette nouvelle disposition remplace un précédent arrêté adopté le 29 décembre 2023 dans le cadre de l’opération « Maliko ». Elle étend le contrôle sécuritaire à davantage d’espaces forestiers jugés stratégiques par les autorités.
La décision intervient un peu plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril qui avaient visé plusieurs localités et installations stratégiques du pays, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que par le Front de libération de l’Azawad, ces offensives ont mis en évidence la capacité des groupes armés à mener des actions simultanées sur plusieurs fronts.
Dans l’ensemble du Sahel, les zones forestières et les espaces faiblement contrôlés constituent souvent des lieux de refuge, de stockage logistique et de circulation pour les groupes armés. Le nouveau dispositif vise ainsi à limiter leur liberté de mouvement et à empêcher l’établissement de bases arrière dans des secteurs difficiles d’accès.
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, la mesure soulève toutefois des questions environnementales et socioéconomiques. Le Parc national de la Boucle du Baoulé appartient à une réserve de biosphère reconnue par l’UNESCO depuis 1982 et s’étend sur près de 2,5 millions d’hectares. Cet ensemble abrite également plusieurs réserves naturelles, des corridors écologiques et plus de 300 sites archéologiques recensés.
Les restrictions d’accès pourraient affecter les activités des populations riveraines, notamment l’élevage, la collecte de bois, la cueillette, l’agriculture de proximité et les déplacements quotidiens. Elles posent également la question de la coordination entre les forces de défense, les services environnementaux, les autorités administratives, les communautés locales et les organisations humanitaires.
Pour Bamako, la création de ces nouvelles zones d’intérêt militaire s’inscrit dans une stratégie globale de sécurisation du territoire après une série d’attaques ayant révélé la vulnérabilité de plusieurs points stratégiques du pays. L’efficacité du dispositif dépendra désormais de la mise en œuvre concrète des mesures sur le terrain, de la présence effective des forces de sécurité et de la gestion des conséquences pour les populations vivant à proximité de ces espaces placés sous contrôle militaire.
MD/te/APA





