Au cœur du GITEX Africa 2026 à Marrakech, le Maroc formalise une stratégie numérique singulière, articulée autour de la souveraineté, de l’intelligence artificielle et d’un positionnement d’équilibre dans la compétition technologique mondiale.
Portée par GITEX Africa 2026, la séquence marocaine dépasse le cadre d’un rendez-vous technologique pour s’inscrire dans une reconfiguration plus large des rapports de puissance numérique. La ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, y a posé les fondements d’une doctrine nationale structurée, rappelant que Marrakech «incarne aujourd’hui un pont vivant entre héritage intellectuel ancien et promesses d’un avenir enrichie par l’innovation». Avec «plus de 50 000 participants», selon les organisateurs, l’événement confirme son statut de plateforme stratégique continentale.
Ce positionnement se prolonge dans une lecture économique de l’intelligence artificielle désormais assumée comme infrastructure structurante. Le président de la CGEM, Chakib Alj, souligne que «l’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine, elle est désormais une infrastructure économique fondamentale», appuyé par des projections évoquant «7 trillions de dollars» d’impact potentiel sur le PIB mondial. La ministre élargit cette lecture en évoquant une transformation globale des équilibres internationaux, estimant que «les cartes du monde sont en train de changer», avec des effets directs sur les chaînes de valeur technologiques et les capacités industrielles.
Dans ce prolongement, l’analyse gouvernementale met en évidence une compétition mondiale structurée par des volumes d’investissements massifs. Amal Seghrouchni cite «plus de 67 milliards de dollars d’investissements privés» aux États-Unis dans l’IA, complétés par «280 milliards de dollars» dans l’industrie des semi-conducteurs, tandis que la Chine mobilise «plus de 100 milliards de dollars» et que l’Union européenne s’appuie sur «95,5 milliards d’euros» via Horizon Europe et «7,5 milliards d’euros» pour Digital Europe. L’enjeu dépasse la technologie pour s’ancrer dans une logique de souveraineté industrielle et scientifique.
Face à ces pôles dominants, le Maroc avance une doctrine alternative explicitement formulée comme une «troisième voie».
«Notre ambition ne consiste pas à nous positionner comme un poids plume face à des poids lourds. L’enjeu est d’inventer un nouveau jeu», affirme la ministre.
Cette approche repose sur une souveraineté technologique opérationnelle, une modernité adaptée aux réalités nationales, un rôle d’équilibre géopolitique et une capacité à structurer le dialogue international. Le Royaume se positionne ainsi comme interface entre blocs, avec l’ambition de fédérer plutôt que de s’aligner.
Cette orientation stratégique s’appuie sur des fondamentaux industriels identifiés, notamment énergétiques. Chakib Alj met en avant une capacité installée issue à «45%» des énergies renouvelables, avec un objectif de «52%», un atout déterminant à l’heure où «un seul grand data center peut consommer autant d’électricité qu’une ville de taille moyenne». Ce socle, combiné à la connectivité et à la position géographique, alimente une stratégie d’attractivité visant à faire du Maroc un hub régional des infrastructures numériques.
Dans le prolongement de cette dynamique, l’exécutif inscrit son action dans le cadre de «Maroc Digital 2030», avec une montée en puissance budgétaire marquée, passée de «11 millions de dirhams à plus de 1,7 milliard de dirhams» entre 2021 et 2024. Le Chef du gouvernement met en avant «148 500 emplois» dans le numérique et «plus de 26 milliards de dirhams d’exportations», avec des objectifs de «270 000 emplois» et «près de 40 milliards de dirhams». L’écosystème entrepreneurial bénéficie parallèlement d’un soutien pouvant atteindre «2,5 milliards de dirhams».
La consolidation de cette trajectoire repose enfin sur le capital humain et la gouvernance. Le nombre de diplômés du numérique «a doublé, passant de 11 000 à 22 000», tandis que les enjeux de cybersécurité et de régulation gagnent en centralité.
«Si l’Afrique ne participe pas à l’élaboration des règles de l’IA, d’autres les définiront à sa place», avertit Chakib Alj.
À travers cette stratégie, le Maroc cherche à conjuguer souveraineté et interconnexion, en se positionnant comme plateforme de dialogue et acteur structurant d’un ordre numérique en recomposition.
MK/AK/Sf/APA





