L’ancien diplomate tunisien Elyes Kasri fustige une présidence qu’il juge incapable de défendre les intérêts nationaux, trop alignée sur Alger et peu soucieuse des subtils équilibres diplomatiques.
Ce que révèle l’intervention de Elyes Kasri dépasse l’indignation d’un diplomate aguerri. Il dévoile un système régional où l’Algérie exerce une pression régulière sur une Tunisie fragilisée, tandis que cette dernière, affaiblie par son isolement international et l’improvisation de sa politique étrangère, glisse vers une dépendance que certains, non sans ironie, assimilent à la transformation du pays en une « 70ᵉ wilaya algérienne ».
Lorsque l’Algérie décide de porter à 69 le nombre de ses divisions administratives, la mesure est officiellement présentée comme un simple ajustement interne. Mais pour une partie de l’opinion tunisienne, elle illustre une logique d’expansion tentaculaire, où l’appareil bureaucratique sert de façade à une stratégie d’influence régionale. Les critiques y voient la manifestation d’une diplomatie reposant sur l’inflation administrative, la manipulation idéologique et la construction permanente d’un récit victimaire.
Les déclarations de Kasri s’inscrivent dans ce contexte : selon lui, l’Algérie ne se contente plus d’influencer la Tunisie, elle cherche à l’absorber politiquement à travers des relais médiatiques, une pression sécuritaire diffuse et un discours « fraternel » destiné à masquer les rapports de force réels.
Pour ceux qui s’inquiètent de l’érosion de l’autonomie tunisienne, cette analyse agit comme un signal d’alarme. Kasri dénonce l’existence d’une forme de complicité intellectuelle, entretenue selon lui par des réseaux liés aux services algériens, qui auraient réussi à imposer une vision conspirationniste faisant de l’Algérie le protecteur naturel de la Tunisie, et du Maroc un ennemi imaginaire.
Selon lui, ce glissement a ouvert la voie à la subordination politique d’une partie de l’élite tunisienne à un agenda étranger. La Tunisie se retrouve ainsi instrumentalisée dans la rivalité algéro-marocaine, sans en tirer le moindre avantage stratégique.
Kasri considère que la rupture avec Rabat, orchestrée par les autorités tunisiennes, constitue une erreur stratégique majeure. En rompant avec ce qu’il décrit comme son principal appui naturel au Maghreb, la Tunisie se serait enfermée dans une relation asymétrique avec Alger, au moment même où elle traverse une crise économique profonde. Cette orientation aurait affaibli sa position internationale et réduit son pouvoir d’influence.
Il rappelle par ailleurs que le Maroc, contrairement au récit promu par Alger, a, plusieurs fois, apporté un soutien concret à la Tunisie, que ce soit lors de l’attentat de Gafsa en 1980 ou plus récemment lors du long séjour privé du roi Mohammed VI en 2014, qui avait contribué à redorer l’image du pays.
Ces rappels, précise-t-il, ne visent pas à rouvrir de vieilles revendications, mais à illustrer ce qu’il considère comme la constante de la politique algérienne : expansion, déstabilisation et contrôle.
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