La scène politique algérienne offre une nouvelle démonstration de son impasse structurelle, où l’absence de vision se conjugue avec une instrumentalisation permanente des institutions. La crispation autour des questions de politique étrangère révèle moins un débat démocratique qu’un dysfonctionnement profond d’un régime incapable d’absorber la moindre contradiction interne.
Plusieurs partis, incapables de formuler un programme cohérent après des années d’immobilisme, se rabattent sur des manœuvres de surenchère pour masquer leur propre faillite politique. Plutôt que d’assumer la vacuité de leur projet, ils préfèrent s’attaquer aux positions internationales du pays, violant ouvertement la Constitution qui réserve au président de la République l’exclusivité de la politique extérieure.
Dans un système verrouillé où l’exécutif concentre tous les leviers, cette incursion témoigne autant de l’absence de culture institutionnelle que d’une tentative de recomposer artificiellement une visibilité politique perdue depuis longtemps.
Cette agitation opportuniste, que le pouvoir présente comme une atteinte à l’État, illustre surtout la fragilité d’un régime où la moindre divergence est perçue comme un crime politique. La politique étrangère devient ainsi un tabou réservé à un cercle réduit, non pas par respect de la Constitution, mais par incapacité chronique à tolérer le pluralisme, même dans ses formes les plus symbolique.
Au même moment, un autre parti sombre dans une démagogie encore plus manifeste, attaquant les bases juridiques de la loi censée lutter contre les discours de haine. Présenter cette législation comme erronée revient à ignorer qu’elle a été adoptée par les mêmes formations qui la contestent aujourd’hui, soulignant une incohérence flagrante et révélatrice d’un paysage politique soumis à des calculs électoralistes de dernière minute. Derrière cette posture, le risque est clair : réveiller des tensions identitaires et régionales que l’Algérie prétend avoir dépassées.
Cette contradiction permanente entre discours officiel, usages politiques et manipulation de l’opinion témoigne d’une réalité plus troublante : une classe politique qui, loin de se réinventer depuis le 12 décembre 2019, aspire à restaurer les réflexes les plus dévastateurs du passé, entre clientélisme, instrumentalisation de la justice et rivalités internes déguisées en débats publics. Ce retour aux méthodes anciennes montre combien la transition promise n’a jamais réellement commencé.
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