A travers l’endogénisation, l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) espère réduire la prédominance des entreprises étrangères dans ce secteur et soutenir davantage les entreprises nationales du Bâtiment et des travaux publics (BTP).
« Il est temps d’engager une véritable endogénéisation de la commande publique en réussissant un repositionnement stratégique et intelligent du secteur privé national », a déclaré le DG de l’Arcop, soulignant que cette démarche s’inscrit dans « un souverainisme affiché et assumé par les plus hautes autorités » dans le cadre de l’agenda de transformation Sénégal 2050.
Cette endogénéisation vise à créer « l’émergence d’un secteur privé local fort, capable de rivaliser avec les entreprises étrangères pour une création de richesses endogènes favorables à une génération d’emplois viables », a-t-il expliqué.
Le fossé se creuse en effet entre les ambitions affichées d’un développement souverain et la réalité de la commande publique au Sénégal. Alors que l’État injecte chaque année des milliers de milliards dans les infrastructures, les entreprises nationales du Bâtiment et des travaux publics (BTP) peinent à en capter les retombées. Une anomalie que les acteurs du secteur ne veulent plus tolérer.
Malgré leur expertise reconnue jusqu’en Afrique centrale, ces entreprises voient en effet « leur participation dans l’exécution des procédures de la commande publique s’amenuiser progressivement face à une remarquable percée des entreprises étrangères », a regretté le Directeur Général de l’Arcop, Dr El Hadji Moustapha Djiité.
Ce paradoxe est d’autant plus préoccupant que le secteur des BTP représente près de 30 % des investissements publics de l’État sénégalais, plus de 4 % du PIB et génère plus de 200 000 emplois directs.
Pour y remédier, l’Arcop a organisé, ce jeudi 24 juillet à Dakar, un atelier stratégique sur l’accès des entreprises du BTP à la commande publique, marquant une volonté affirmée d’engager « une véritable endogénéisation de la commande publique » au Sénégal.
Le président du Syndicat national des entreprises du bâtiment et des travaux publics (SNBTP), Abdel Kader Ndiaye, a révélé l’ampleur du déséquilibre. A l’en croire, « soixante-dix pour cent (70%) des marchés en valeur échappent au secteur privé national à cause de certaines barrières injustes fixées arbitrairement à l’entrée. »
Face à des investissements cumulés de 22 200 milliards de FCFA en six ans et un endettement dépassant 110 % du PIB, M. Ndiaye s’interroge sur « l’impact réel » de ces volumes sur « nos entreprises, nos ménages, bref sur la croissance endogène. »
Des mécanismes incitatifs sous-exploités
L’autorité de régulation a identifié plusieurs dispositifs légaux favorables au secteur privé local mais largement méconnus. Ces mécanismes incluent notamment les marges de préférence accordées aux entreprises nationales selon des taux variables dépendant du niveau d’implication programmé du secteur privé national.
Le cadre réglementaire prévoit également des assouplissements de procédures destinés à récompenser les parts de marchés transférées aux opérateurs locaux dans le cadre de la sous-traitance.
Par ailleurs, la législation consacre des réservations systématiques de parts sociales ou de projets ne dépassant pas un seuil fixé dans le cadre des partenariats public-privé.
Le dispositif comprend aussi un paramétrage de stratégies de contenu local favorables au recours aux entreprises locales et au transfert de technologies.
Cependant, ces « puissantes incitations restent aujourd’hui largement méconnues si elles sont opérationnelles et inexplorées pour le reste », a regretté le Directeur Général de l’ARCOP.
Face à ces constats, l’atelier a défini plusieurs axes prioritaires pour inverser la tendance et repositionner le secteur privé national. La première priorité consiste à corriger le déséquilibre du portefeuille de la commande publique au profit des entreprises sénégalaises, face à une concurrence extérieure jugée déloyale.
L’Arcop s’engage également à accompagner la mise en place de dispositifs de qualification et de classification des entreprises BTP, dans le cadre d’une démarche inclusive visant à assainir la filière.
Le plan d’action prévoit aussi une régulation des délais contractuels de paiement, avec la préconisation de solutions alternatives en concertation avec tous les acteurs. L’allégement des procédures administratives de passation figure également parmi les mesures envisagées pour soulager la pression financière sur les entreprises adjudicataires.
Enfin, les participants ont préconisé la création d’un fonds d’investissement dédié, baptisé « Exim Sénégal », qui serait alimenté par les ressources tirées du pétrole et du gaz pour faciliter l’accès au financement des entreprises nationales.
ARD/ac/Sf/APA







