Le 21 mars est l’une des dates les plus chargées du calendrier africain : massacre de Sharpeville en 1960, massacre de Langa en 1985, indépendance de la Namibie en 1990, signature de la Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAf) à Kigali en 2018, et décès de deux géants de la littérature africaine, Chinua Achebe en 2013 et Nawal El Saadawi en 2021.
Le 21 mars traverse l’histoire africaine comme un fil tendu entre la brutalité des régimes d’oppression et la détermination de leurs victimes à construire un continent libre.
Le 21 mars 1960, à 13h40, la police sud-africaine ouvre le feu sur une foule de quelque 4 000 à 7 000 Noirs rassemblés devant le commissariat de Sharpeville, près de Vereeniging. Organisée par le Congrès panafricaniste (PAC) de Robert Sobukwe, la manifestation vise à protester pacifiquement contre les pass laws en se présentant sans laissez-passer. Les manifestants chantent des hymnes de liberté. Sans avertissement, un policier perché sur un véhicule blindé ouvre le feu. Ses collègues suivent. La fusillade dure environ deux minutes.
Le bilan officiel de l’époque : 69 morts et 180 blessés. Des recherches publiées en 2023 à partir de témoignages de victimes enregistrés à l’hôpital dans les jours suivants, et d’archives de la police ayant été inaccessibles jusqu’en 1994, réévaluent le bilan à au moins 91 morts et 281 blessés. Une grande partie des victimes avaient été touchées dans le dos en fuyant. En 2024, le site du massacre et son mémorial ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de « Nelson Mandela Legacy Sites ».
La massacre déclenche un état d’urgence national, l’interdiction de l’ANC et du PAC, et plus de 11 000 arrestations. Il convainc Nelson Mandela d’abandonner sa stratégie non-violente et de fonder Umkhonto we Sizwe. Il provoque la première résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’apartheid. Depuis 1966, le 21 mars est la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. En Afrique du Sud, c’est un jour férié national, la Journée des droits de l’homme.
Le 21 mars 1985, vingts-cinq ans exactement après Sharpeville, la police sud-africaine tire à nouveau sur une foule noire à Langa, township d’Uitenhage (Eastern Cape). Entre 3 000 et 4 000 personnes marchaient vers un enterrement. Selon l’enquête Kannemeyer commandée par le gouvernement, 20 personnes ont été tuées et 27 blessées ; des sources indépendantes et la Commission vérité et réconciliation évaluent le bilan jusqu’à 35 morts, la majorité atteints dans le dos. L’événement relance la mobilisation internationale contre l’apartheid et précipite l’adoption de sanctions économiques étrangères contre Prétoria.
Le 21 mars 1990 à minuit, dans un stade de Windhoek bondé, Sam Nujoma prête serment comme premier président de la République de Namibie devant Javier Pérez de Cuéllar, secrétaire général de l’ONU, Frederik de Klerk, président d’Afrique du Sud, et Nelson Mandela, libéré six semaines plus tôt. Soixante-quinze ans d’administration coloniale allemande puis sud-africaine prennent fin. La SWAPO, mouvement de libération fondé en 1960 par Nujoma lui-même, gouvernera le pays pour les trois décennies suivantes. Sam Nujoma, décédé le 8 février 2025 à 95 ans, est resté jusqu’à sa mort « Père fondateur de la Nation namibienne ». Le 21 mars est fête nationale en Namibie.
Le 21 mars 2013, Chinua Achebe s’éteint à Boston, à 82 ans. Né le 16 novembre 1930 à Ogidi, dans l’est du Nigeria, il est l’auteur de Things Fall Apart (1958) — l’œuvre de fiction africaine la plus lue au monde, traduite en plus de 50 langues, vendue à plus de 20 millions d’exemplaires. Professeur d’études africaines à Brown University, il a été le premier à raconter la colonisation du point de vue des colonialisés. Nelson Mandela le décrivait comme « l’écrivain en compagnie duquel les murs de la prison s’effondraient ».
Le 21 mars 2018, lors de la 10e session extraordinaire de l’Union africaine à Kigali, 44 des 55 États membres signent l’accord créant la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). C’est le plus grand accord de libre-échange au monde par nombre de pays depuis la création de l’OMC. L’accord couvre 1,2 milliard de personnes et un PIB combiné de 2 500 milliards de dollars. Le président rwandais Paul Kagame, président en exercice de l’UA, qualifie la ZLECAf de « pacte historique quarante ans dans la gestation ». Deux absents notables lors de la signature initiale : le Nigéria et l’Afrique du Sud, qui rejoindront l’accord lors du sommet de Nouakchott le 1er juillet 2018. La ZLECAf entre en vigueur le 30 mai 2019 et lança sa phase opérationnelle le 1er janvier 2021.
Le 21 mars 2021, Nawal El Saadawi s’éteint au Caire, à 89 ans. Née le 27 octobre 1931 à Kafr Tahla, en Égypte, médecin, psychiatre et autrice de plus de 55 livres, elle est la féministe arabe la plus lue et la plus traduite du XXe siècle. Son livre fondateur Femmes et sexualité (1969) lui vaut d’être renvoyée du ministère égyptien de la Santé. Emprisonnée en 1981 par Anouar Sadate, menacée de mort par des groupes islamistes, elle n’a jamais cessé de plaider pour l’égalité des sexes, contre les mutilations génitales féminines et contre le patriarcat, qu’il soit politique ou religieux.
Sf/APA







