Alors que l’épidémie d’Ebola mobilise une part importante des ressources sanitaires en République démocratique du Congo (RDC), Médecins sans frontières (MSF) alerte sur la persistance d’autres urgences médicales, notamment le choléra dans le Kwango, ainsi que la malnutrition et le paludisme au Nord-Kivu, où les conflits et les déplacements de population aggravent la vulnérabilité des communautés.
Dans un communiqué publié lundi, l’organisation humanitaire souligne que la concentration des efforts sur Ebola ne doit pas se faire au détriment des autres besoins de santé, dans un système médical déjà fragilisé. MSF évoque notamment la progression du choléra dans l’ouest du pays et les conséquences humanitaires des violences dans l’est, qui compliquent l’accès aux soins, à l’alimentation et à l’eau potable.
Dans la province du Kwango, l’épidémie de choléra touche notamment la localité de Popokabaka. Au 22 juillet 2026, les autorités avaient signalé 345 cas suspects et 21 décès. En appui au ministère de la Santé, MSF a mis en place un centre de traitement à l’hôpital local, quatre unités de prise en charge dans les aires de santé et plus de 30 points de réhydratation orale. Depuis le début de son intervention, 450 patients ont été soignés.
L’organisation insiste également sur le rôle déterminant de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans la lutte contre cette maladie. Selon une évaluation de MSF, 61 % de la population concernée dispose de moins de 15 litres d’eau potable par personne et par jour. Pour limiter les risques de transmission, ses équipes ont installé 36 points de chloration, tandis que des relais communautaires sensibilisent les habitants aux mesures de prévention.
À l’est, la poursuite des affrontements entre les forces congolaises et l’AFC/M23, ainsi que leurs alliés, entraîne de nouveaux déplacements et détériore les conditions de vie des populations. Selon les données des Nations unies citées par MSF, plus de 80 % des personnes déplacées en RDC se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
La crise sécuritaire perturbe les activités agricoles et l’acheminement des denrées alimentaires et des médicaments, tout en contribuant à la hausse des prix. Au total, plus de 26 millions de personnes en RDC sont confrontées à une situation de crise ou d’urgence alimentaire, dont près de quatre millions au Nord-Kivu, selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire.
Les enfants figurent parmi les plus exposés à cette situation. Entre janvier et août 2026, plus de 33 000 enfants souffrant de malnutrition ont été pris en charge dans cinq structures sanitaires soutenues par MSF au Nord-Kivu. L’organisation appelle ainsi à maintenir les programmes de nutrition, la vaccination de routine et les soins de santé primaires, malgré la pression exercée par l’épidémie d’Ebola.
Le paludisme constitue une autre préoccupation majeure. Principale cause de morbidité dans le pays, cette maladie a conduit MSF à prendre en charge, en 2025, plus de 255 000 cas simples et plus de 26 000 cas graves au Nord-Kivu. La similitude de certains symptômes avec ceux d’Ebola peut compliquer le diagnostic et retarder l’administration d’un traitement adapté.
MSF s’inquiète enfin du risque de réduction de l’accès au financement international de la lutte contre le paludisme dans cette province, alors que les structures de santé sont déjà soumises à de fortes contraintes. Pour l’organisation, la riposte à Ebola doit donc s’accompagner du maintien des autres services médicaux essentiels afin d’éviter que des maladies évitables ou traitables ne provoquent davantage de décès.
TE/Sf/APA





